Fidèles à leur réputation, les sociétés chimiques suisses sont dans les temps. Elles sont prêtes pour la préinscription, dans les délais, des centaines de substances dont elles ont besoin pour commercialiser leurs produits dans l'Union européenne (UE) selon le programme Reach qui prévoit trois étapes d'homologation jusqu'en 2018.

Inversement, c'est l'UE qui ne tient pas ses promesses. «La Commission a mis l'industrie sous pression pour qu'elle respecte les procédures informatiques d'homologation, et elle est incapable, aujourd'hui, de mettre à disposition, comme promis, l'envoi de l'homologation de centaines de substances sur un seul fichier informatique, seul moyen efficace, pour nous, de travailler», s'insurge Uwe Wolfmeier, responsable de la sécurité des produits chez Clariant. Résultat: le délai du 30 novembre sera sans doute prolongé.

«La grogne monte»

«La grogne monte dans l'industrie à cause de ce problème, mais Clariant est parfaitement prête à faire homologuer «plusieurs centaines» de substances. Ce dossier a été ouvert à Bâle dès 2003 et occupe aujourd'hui plusieurs dizaines de personnes», note Uwe Wolfmeier.

Ciba se prépare depuis un an et demi et a intégré, à temps partiel ou complet, quelque 150 personnes dans le processus Reach. 1000 substances seront préenregistrées, ce qui «assurera une commercialisation sans interruption au moins jusqu'en novembre 2010», selon la réponse de l'entreprise au Temps. Ciba a choisi la sécurité en anticipant l'homologation de substances qui entreront dans des produits pas encore commercialisés. La société bâloise se charge également, contre paiement, des travaux d'homologation pour de petites entreprises dépassées par la complexité de la tâche. «Une grande partie des 29000 PME actives dans la branche en Europe, n'ont pas encore vraiment réalisé ce qui se passe», remarque Uwe Wolfmeier. Lonza a reporté les vacances de collaborateurs pour tenir les délais, et s'apprête à homologuer deux cents substances.

Le coût global de Reach pour l'ensemble de l'industrie est énorme. La société allemande BASF l'estime à plus de 6 milliards d'euros. D'autres tablent sur 2 à 3 milliards. La fourchette pour l'ensemble des entreprises suisses varie entre 200 millions et un milliard de francs sur une durée de onze ans. Ciba parle de 100 à 125 millions jusqu'en 2018, et Clariant de «plus de 100 millions».