Alors que la moitié de la population suisse pourrait tomber malade du Covid-19 en quelques semaines, selon Richard Neher, membre de la «taskforce» de la Confédération, des entreprises ont déjà constaté des absences de personnel plus nombreuses. Mais les sociétés assurent être en mesure de poursuivre leurs activités, notamment dans des secteurs critiques comme l’alimentation, les transports ou les télécoms.

■ La grande distribution fait preuve d’un optimisme prudent

Les spécialistes du commerce de détail Migros, Coop et Aldi se disent prêts à affronter la vague Omicron grâce aux concepts d’hygiène et de protection mis en place depuis le début de la pandémie. Ils pourront assurer leur mandat d’approvisionnement en produits alimentaires.
«Dès février 2020, Migros a mis en place une cellule de crise nationale, travaillant en synergie avec les coopératives régionales et les entreprises du groupe. Cette structure travaille en permanence sur divers scénarios», a indiqué à AWP un porte-parole.

Même son de cloche chez Coop qui a également préparé un certain nombre de mesures, parallèlement au renforcement des concepts de protection du Covid-19, qui ont fait leur preuve lors des différentes périodes cruciales de la pandémie. Aldi mise sur le télétravail du personnel administratif et le respect des mesures de prévention pour les collaborateurs et collaboratrices de la vente et de la logistique pour lesquels le télétravail n’est pas possible. «Nous avons fait de très bonnes expériences au cours de la pandémie et ne voyons donc actuellement pas de raison de s’inquiéter», relève un porte-parole.

Côté approvisionnement, les entreprises se montrent aussi optimistes. «Nos entrepôts sont bien remplis. Jusqu’à présent, nous avons toujours réussi à assurer notre contribution à l’approvisionnement du pays. Nous sommes persuadés que nous y parviendrons également dans les semaines à venir. L’approvisionnement de la population n’est donc pas menacé», fait remarquer la Migros. Cependant, en raison des goulets d’étranglement observés dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, Aldi constate encore «quelques retards de livraison, surtout pour les articles non-alimentaires». «En ce moment, cela concerne notamment des textiles. Nous ne pouvons pas encore prévoir comment la situation évoluera au cours des prochaines semaines», explique le porte-parole.

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■ Les pharmacies s’attendent à des délais de livraison 

«Comme nous demandons actuellement à tous les collaborateurs présentant des symptômes de refroidissement de rester chez eux, nous constatons actuellement une augmentation des absences», selon Medbase. «Nous pouvons toutefois assurer l’offre habituelle de traitements et de prestations dans tous les centres médicaux et les pharmacies» du groupe. Pour le moment, l’entreprise ne constate pas de restriction de livraisons, mais la situation est évaluée continuellement avec l’objectif de maintenir ouverts tous les centres de santé et pharmacies. «En cas de manque de personnel sur un site, des collaborateurs d’un autre site apporteront leur soutien. Si le nombre d’absences devait être plus important, nous devrions réagir en réduisant légèrement les heures d’ouverture.»

Chez le grossiste en médicaments Galenica, les commandes sont livrées selon les délais habituels, mais «comme partout, les absences en raison du covid ont augmenté», indique une porte-parole. «L’évolution des derniers jours illustre le caractère imprévisible de la pandémie, ce qui nous inquiète. Des retards de livraison ne sont donc pas exclus, mais nous en informerions les clients en temps utile». Les sociétés du groupe bernois ont mis en place des «dispositifs d’urgence», dans le cas où trop de collaborateurs seraient absents en raison du covid. «Par exemple, dans la logistique, les activités moins essentielles pourront être réduites et les ressources dégagées consacrées à la livraison des médicaments. En cas d’urgence, l’approvisionnement serait ainsi assuré.

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■ Transport et logistique: une situation encore stable

La Poste est «confrontée à des cas de personnel malade ou en quarantaine», mais le nombre de salariés absents «n’augmente cependant actuellement que faiblement». Une porte-parole reconnaît toutefois que «des absences importantes de personnel en raison d’Omicron placeraient la Poste devant de grands défis». Si la situation devait se péjorer davantage, l’entreprise pourrait «réactiver la bourse de l’emploi interne, déplacer des collaborateurs d’autres départements ou sites ou recruter des employés temporaires supplémentaires». En dernier ressort, elle pourrait même faire appel à la protection civile.

Les CFF soulignent que «l’exploitation ferroviaire est stable, de même que les ressources en personnel». La compagnie ferroviaire se prépare à divers scénarios en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. Swiss enregistre une «légère augmentation du nombre de cas de maladie», sans incidence sur le fonctionnement opérationnel de la compagnie aérienne. Celle-ci ne constate pas de «goulet d’étranglement pour le personnel navigant». De plus, des réserves supplémentaires sont prévues les week-ends.

■ Chez les télécoms, des mesures de protection déjà bien rodées

Chez Swisscom, le «concept de protection est bien établi», assuré une porte-parole. Une grande partie des collaborateurs, et même «85-90% lors de certains pics», travaillent depuis leur domicile. En tant que prestataire de services de base, le géant bleu «dispose également d’une gestion des urgences et des crises adaptée à chaque niveau, avec un concept correspondant et des risques hiérarchisés». Le numéro un suisse des télécoms ajoute avoir mis en place «à chaque aggravation de la situation et à chaque vague déferlante» des mesures supplémentaires pour les «fonctions et équipes critiques et les sites géoredondants» (doublons pour garantir les fonctionnalités en cas de défaillance) pour les activités qui ne peuvent pas être effectuées depuis le domicile.

Sunrise UPC explique que l’exploitation, en particulier des services d’infrastructures critiques, est anticipée de manière à ce qu’elle soit en principe toujours assurée. «L’obligation de télétravail réduit aussi les risques de contamination et de défaillance.» Quant aux boutiques et services à la clientèle, l’opérateur assure se conformer aux recommandations des autorités. Salt estime ne pas avoir encore constaté «de répercussions importantes» sur ses activités. «Nous encourageons nos employés à se faire vacciner et une grande partie de nos activités peut se réaliser en télétravail», selon l’opérateur. Si c’est impossible, «des processus spécifiques sont en place pour pallier aux absences éventuelles des collaborateurs».

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■ Le manque de main-d’oeuvre accentué dans l’hôtellerie-restauration 

Dans la restauration, des «pénuries ponctuelles de personnel» se profilent à l’horizon, souligne une porte-parole de Gastrosuisse. Certaines chaînes de restauration, comme McDonald’s, réussissent à compenser les absences par des transferts entre succursales, une solution mise en place avant la pandémie, pour répondre aux congés maladie plus nombreux au cours des mois d’hiver. Pour l’instant, le système fonctionne, souligne-t-elle.

«Même sans la pandémie, l’hôtellerie est un secteur déjà touché par une pénurie de main-d’œuvre», renchérit un porte-parole d’Hotelleriesuisse. Le problème s’en trouve donc accentué. La faîtière a eu écho d’hôtels peinant à maintenir leurs activités à cause des absences, d’autant plus que le personnel est décisif pour la qualité et difficile à remplacer à court terme, estime-t-il.