Financer des groupes de pression est un passage obligé pour les multinationales actives aux Etats-Unis. Les grandes entreprises suisses versent ainsi des millions de dollars chaque année à des cabinets de lobbyistes de Washington pour influencer les décisions prises au Capitole. Or il apparaît qu’UBS, qui subit les foudres du gouvernement américain dans un dossier d’évasion fiscale, s’est montrée l’une des plus pingres dans cet exercice ces dernières années.

Tandis que Credit Suisse mettait à disposition un budget de 12 millions de dollars depuis 2001 pour défendre ses vues auprès du lé­gislatif, UBS n’y a consacré que 4,3 millions, dont 620 000 dollars depuis 2008. Soit dix fois moins que Novartis et cinq fois moins que Nestlé. En outre, un registre de ces honoraires montre que Nestlé, Zurich Financial Services (ZFS) et Credit Suisse ont été plus actifs qu’UBS pour tenter d’atténuer les termes d’un projet de loi anti-paradis fiscaux hautement préjudiciable à la place financière suisse.

Les banques à la traîne

Les Etats-Unis sont un des rares pays au monde – avec la Lituanie, la Pologne et la Hongrie – à exiger des entreprises qu’elles divulguent les montants versés à leurs lobbyistes. En contact avec les élus, ceux-ci soumettent des rapports défendant les vues de leurs mandataires. Les projets de loi concernés par ces interventions doivent être clairement précisés. Un site internet indépendant, OpenSecrets.org, répertorie ces informations rendues publiques par le Sénat.

Les banques ne sont de loin pas les plus généreuses parmi les contributeurs suisses. Novartis a payé 40 millions de dollars d’honoraires depuis 2001 et n’est détrôné que par Roche, avec près de 53 millions sur la même période. Les deux pharmas bâloises versent ainsi plus d’argent à leurs lobbyistes que les banques américaines Citigroup et Goldman Sachs, et presque autant que Microsoft, une des sociétés les plus riches au monde. Les assureurs arrivent juste derrière avec 5,2 millions de dollars versés par ZFS depuis 2008 et 1,4 million pour Swiss Re.

Les agents de Roche et Novartis concentrent leurs efforts sur les questions liées aux brevets et au système de santé, mais leurs intérêts ne s’arrêtent pas là. Les multinationales helvétiques ont multiplié les interventions depuis la mise en consultation du projet de loi «Stop Tax Haven Abuse Act», présenté en mars dernier après deux ans de préparation.

Nestlé, ZFS et Credit Suisse figurent parmi les sociétés les plus actives sur la liste éclectique d’associations et de sociétés cherchant à influencer les termes de cette loi qui prévoit de mettre un terme à bon nombre d’astuces fiscales utilisées par des particuliers et des entreprises pour réduire leur charge fiscale. S’y retrouve par exemple Tyco International, un fabricant d’électronique connu pour ses pratiques fiscales agressives qui vient de transférer sa holding principale des Bermudes vers la Suisse. Credit Suisse a prévu un budget de 470 000 dollars pour établir des rapports en sa faveur. Nestlé propose des aménagements sur la fiscalité des filiales étrangères. L’Association suisse des banquiers (ASB) a versé 120 000 dollars en 2007 pour intervenir dans l’affaire, aux côtés du gouvernement des îles Turques-et-Caïques, d’une compagnie de croisière établie dans les Caraïbes et d’une association d’intermédiaires financiers des îles Caïmans.

Le silence d’UBS

Les représentants d’UBS se sont abstenus de toute suggestion à propos de ce texte. Son auteur, le sénateur démocrate Carl Levin, était en charge de la commission d’enquête devant laquelle UBS avait adressé des excuses publiques en juillet 2008, reconnaissant avoir encouragé l’évasion fiscale de milliers de clients américains.