L’informatique verte ou «green IT» désigne l’informatique qui tient compte des coûts en énergie lors de la recherche et développement (R&D), la fabrication et l’utilisation des équipements informatiques. Elle est appelée à jouer un rôle de plus en plus important en raison des efforts déployés par les entreprises qui cherchent à réduire leur empreinte carbone.

La quantité de données que les prestataires de services informatiques doivent absorber et traiter suit une croissance exponentielle. L’énergie consommée augmente également. On estime qu’aujourd’hui l’empreinte carbone des centres de données équivaut à celle de l’industrie aéronautique dans le monde entier!

Les principaux acteurs de l’informatique travaillent à la réduction de leur consommation d’énergie et il ne s’agit pas seulement d’une préoccupation d’ordre écologique. Par exemple aux Etats-Unis, en 2011, les besoins ont atteint 1,5% de l’énergie totale consommée dans le pays. Cette part énorme s’est chiffrée à 4,5 milliards de dollars. Les économies en jeu, si l’on parvient à juguler cette débauche d’énergie, représentent des sommes colossales et contribueront aussi à nous rendre moins dépendants des énergies fossiles.

La mise en place d’une stratégie d’informatique verte est une idée séduisante. Mais pourquoi et comment? Zoom sur les principaux moyens d’y parvenir.

Tout d’abord, les sociétés peuvent développer cette stratégie verte grâce à une meilleure visibilité de leurs actifs informatiques existants et à une meilleure connaissance de l’état de leur infrastructure. Il existe une variété de technologies qui permettent de tendre vers une informatique verte. La virtualisation, qui consiste à faire fonctionner une ou plusieurs applications sur un ou plusieurs serveurs, au lieu d’en installer une seule par ordinateur, est l’une d’entre elles. La R&D d’équipements consommant moins d’énergie et nécessitant moins de refroidissement en est une autre. L’optimisation des processus et des infrastructures existants peut également entraîner non seulement un environnement plus écologique, mais aussi, une amélioration des résultats.

Il existe de nombreuses opportunités pour dégager de la valeur en concevant et en mettant en œuvre une politique verte au sein d’un système informatique. Rappelons que les systèmes informatiques représentent généralement près de 25% de la consommation directe d’électricité dans les bâtiments à usage commercial. Dans les bâtiments ou locaux inefficaces énergétiquement et/ou ayant une densité élevée d’équipements informatiques, ce chiffre peut même atteindre 60 à 70%. A l’échelle mondiale, ils représenteraient 2 à 2,5% du total des émissions de carbone, soit l’équivalent de l’industrie aéronautique mondiale.

Si aucune mesure n’est prise pour réduire l’impact des hommes sur leur environnement par l’utilisation intensive des technologies de l’information, le bilan énergétique devrait encore empirer. A termes, cette activité pourrait représenter 5 à 6% des émissions de carbone et tendre vers des taux à deux chiffres. De ce fait, l’empreinte carbonique du secteur de l’informatique devrait tripler au cours de la période 2002 à 2020!

La réalisation d’un système d’information «vert» est une première étape: diminution de l’empreinte physique avec des centres de données plus petits et plus modernes, diminution de l’empreinte carbonique grâce à des équipements mis à niveau, réduction des frais de chauffage/refroidissement et conformité avec les réglementations suisses et européennes.

Il convient de noter que d’un point de vue holistique, l’informatique verte n’est pas une simple réduction de la consommation directe d’énergie. Par exemple, pour un ordinateur individuel, 60 à 80%, voire plus, de l’empreinte carbonique du cycle de vie de l’appareil est liée à sa fabrication. L’informatique et l’électronique grand public consomment beaucoup d’énergie et de matières premières lors de leur fabrication.

L’optimisation des ressources d’une informatique «verte» passe par une réflexion sur le processus de gestion des systèmes d’information d’un bout à l’autre et par la nécessité d’identifier les opportunités de capture de la valeur et ce, lors de chaque phase de cycle de vie des équipements.

Quelles sont les méthodes pour y parvenir?

1) L’amélioration de l’existant en optimisant l’utilisation des actifs informatiques actuels et en mettant en place des stratégies rigoureuses de gestion des actifs;

2) La consolidation des serveurs et des centres de données, le stockage dans des installations et équipements plus efficaces;

3) La mise en œuvre de nouvelles technologies, comme la virtualisation, afin d’améliorer l’utilisation de tous les actifs matériels.

En général, une combinaison de tout ce qui précède est nécessaire pour atteindre des résultats satisfaisants. Ceci passe par la mise en place d’un plan qui identifie les sources d’opportunités, définit les défis majeurs et les facteurs de succès. Généralement, ce type de plan requiert la conduite et la supervision de la mise en œuvre par des membres de la direction de l’entreprise. La première étape représente généralement les efforts et les coûts les moins importants et peut engendrer un résultat substantiel, en très peu de temps.

* Dr, expert-conseilen technologies de l’information,chargé de cours EPFL.

Les systèmes informatiquesaussi gourmandsque l’industrie aéronautique mondiale