Le site neuchâtelois GroopTOO a atteint la rentabilité

Internet Moha Samraoui a revu son concept d’achats groupés pour développer sa plateforme de vente

A la fin de l’interview, Moha Samraoui est satisfait: «Vous êtes bien la seule journaliste à ne pas m’avoir posé la question.» Celle qui permet de savoir si le fondateur du site Radin.ch est un pingre lui-même? Peu importe. En lançant sa plateforme en 2007, le jeune entrepreneur biennois (31 ans aujourd’hui) voulait toucher les gens «futés, qui aiment partager leurs bons plans et consommer de manière intelligente». Aujour- d’hui, Radin.ch compte 65 000 membres. Chaque mois, ils sont quelque 1500 utilisateurs supplémentaires, majoritairement romands, à essayer d’amasser des «picos», la monnaie du site, pour bénéficier ensuite de bons d’achat valables dans des grands commerces, comme Manor ou Payot.

Attirer les annonceurs

«Mais le modèle d’affaires est clairement d’attirer les sociétés grâce à l’audience que nous réalisons, explique-t-il. Ainsi, des annonceurs peuvent venir saisir des tendances via notre site, comme l’ont fait les pizzas du Dr Oetker ou Fisherman, par exemple, qui voulait tester la force du goût d’un nouveau bonbon.»

Fort de ce succès, fin 2011, dans ses locaux de Neuchâtel, Moha Samraoui s’essaye au marché des achats groupés avec ­GroopTOO.com. Il ouvre le capital de sa société – mais en conserve la majorité – pour attaquer les concurrents comme Groupon ou le leader suisse Deindeal. «Personne ne vous le dira, mais les achats groupés, ça ne marche pas, assure-t-il. Le problème réside dans la satisfaction du client, qui dépend, au final, d’un prestataire externe, donc que vous ne pouvez pas maîtriser à 100%.» Ce qui engendre des services (coiffeur, restaurant, etc.) à la qualité variable. Le patron de GroopTOO ne s’entête pas et réoriente sa plateforme vers de la vente flash, sur plusieurs jours.

«Nous avons commis des erreurs, comme certains achats que nous avions réalisés à Hongkong et qui n’avaient pas la qualité suffisante. Puis, nous avons dû revoir entièrement notre stratégie, raconte Moha Samraoui. Nous avons réduit nos effectifs – nous sommes 18 collaborateurs aujourd’hui – et limité les catégories que nous proposons.» Le segment classique (montres, vins, etc.) a été également clairement dissocié du segment érotique, qui dégage les plus fortes marges.

Croissance de 60%

Cette remise en question a porté ses fruits puisque GroopTOO est rentable depuis septembre dernier, grâce à une croissance de plus de 60% l’an dernier. Pour 2014, le patron d’IDperso, la société mère qui gère ces plateformes, escompte doubler son bénéfice.

«Nous visons une croissance de 40%, notamment grâce à la Suisse alémanique», souligne-t-il. Ce marché d’outre-Sarine est difficile, surtout pour Wazo (prononcez «oiseau»), la mascotte du site de ventes flash, qui n’évoque rien aux Alémaniques.

«Il faut vraiment que nous trouvions le bon moyen de personnaliser notre communication avec eux», poursuit celui qui, en parallèle, a repris Dancefloor.ch, un site qui couvre des événements avec des photographes, à l’instar de Tillate.com. En 2014, Moha va lancer une nouvelle plateforme, destinée aux entreprises. «Nous travaillons sur un projet de montres de luxe suisses pour l’étranger», précise-t-il, conscient que, même si des marques comme Ebel ou Baume & Mercier lui ont fait confiance par le passé, le défi reste de taille pour séduire un grand groupe.