Ils ont cinq jours d’avance sur tous les autres. Les demandeurs d’emploi inscrits auprès des Offices régionaux de placement (ORP) disposent d’une semaine avant que les postes proposés par des employeurs ne soient mis au concours sur la place publique.

L’obligation d’annonce, qui privilégie les résidents suisses, a cours depuis quinze mois. Vendredi à Berne, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) a tiré un premier bilan de ce mécanisme, émanation du oui dans les urnes, en 2014, de l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse».

Entre juillet 2018 et juillet 2019, quelque 120 000 annonces, pour un total de 200 000 places de travail, ont été signalées par des entreprises et des agences de placement. Ces chiffres sont presque trois fois supérieurs aux attentes.

Peu qualifiés, donc concurrencés

En face, les ORP ont transmis au total 195 000 dossiers «pertinents». Et ce pour répondre à la moitié environ des annonces reçues. Le bilan final – et approximatif: 4800 recrutements. Mais c’est un chiffre sans doute inférieur à la réalité, prévient le Seco, qui publiera un décompte plus détaillé en 2020.

Un taux de 2,4% des annonces, est-ce satisfaisant? «Il faut tenir compte du fait que nous sommes dans une situation de quasi plein-emploi», justifie le porte-parole du Seco. Même dans les métiers où le chômage est plus élevé que la moyenne nationale de 2,1%, «les bonnes compétences sont parfois difficiles à trouver».

La règle de la préférence indigène est assez simple: si une entreprise cherche une personne dans un métier où le chômage dépasse 8%, elle doit d’abord l’annoncer à un ORP. Cela concerne les bétonneurs, les réceptionnistes, les ouvriers agricoles, les plâtriers, les femmes de chambre ou encore les téléopérateurs.

Peu de qualifications

La liste est hétérogène mais ces métiers ont un point commun: ils ne requièrent que peu de qualifications. Les travailleurs sont donc particulièrement sensibles à la concurrence européenne. C’est justement pour cette raison que la mesure a été instaurée.

Lire aussi: Neuchâtel cède la place de cancre du chômage à Genève

Vendredi, le Seco s’est déclaré satisfait de sa mise en œuvre. Mais de son propre aveu, il y a une marge de progression importante. Le système fonctionne à travers l’interface Travail.swiss sur laquelle, d’un côté, les entreprises publient leurs besoins et, de l’autre, les demandeurs d’emploi peuvent les consulter en primeur. Mais ces derniers sont à peine plus d’un sur quatre à avoir ouvert un compte sur la plateforme. Pour augmenter ce taux, le Seco prévoit d’encourager les ORP à «mieux accompagner les demandeurs d’emploi dans leur processus d’inscription sur la plateforme».

Bientôt de nouveaux métiers

Du côté des entreprises, la surcharge administrative dérange. Après six mois de préférence indigène, Swissstaffing, la faîtière des agences de placement – forcément concurrencées par un système qui crée un lien direct entre employeurs et ORP – avait sondé environ 600 entreprises.

Résultat: 39% d’entre elles considèrent que le procédé conduit à des entraves administratives. Moins d’un tiers jugent que les propositions des ORP sont adéquates. Enfin, un quart des sondées estiment que le délai imposé de cinq jours handicape leur capacité à recruter rapidement, par exemple sur un chantier ou dans un restaurant. Sur ce point, le porte-parole du Seco rappelle que «c’est une question politique qui n’est pas de notre ressort».

Après cette période transitoire qui s’achève le 31 décembre, le seuil qui déclenchera l’obligation d’annonce va être abaissé à 5% de chômage. D’autres professions seront alors concernées. La liste, non encore définitive, comprend les mineurs, les éboueurs, les aides-cuisiniers, les sociologues ou les conducteurs de chariot élévateur.