L’invitée

Environnement: comment la Chine est-elle devenue première de la classe?

En quelques années, la Chine a su s’imposer comme premier marché à bien des égards. Mais le plus grand générateur d’émissions de carbone s’est également positionné parmi les leaders dans l’univers des investissements verts, juge Helen Wong, de HSBC

La croissance économique fulgurante et à deux chiffres du pays s’est longtemps effectuée aux dépens de son environnement. Or, depuis quelques années, Pékin injecte des milliards dans les énergies vertes, promeut l’utilisation de véhicules électriques, investit dans des infrastructures à faibles émissions de carbone pour ses villes les plus dynamiques et étudie de nombreuses options dans le financement vert.

Les bases d’une économie plus durable

Les efforts de la Chine visant à «décarboner» l’économie, à lutter contre la pollution et le réchauffement climatique se retrouvent dans l’ensemble de ses initiatives économiques. Ses résolutions «vertes» coïncident avec les objectifs de Pékin: faire progresser l’économie dans la chaîne de valeur, doper les industries locales à haute technologie et les emplois haut de gamme qui en découlent, et enfin jeter les bases d’une expansion économique plus durable, équilibrée et sensibilisée sur le plan écologique.

Parallèlement, les citoyens chinois, dont les niveaux d’études, d’expression et de confiance ne cessent d’augmenter, exigent aujourd’hui que la croissance économique du pays ne soit plus synonyme de dégradation environnementale.

Le fait que de nombreuses zones urbaines basses (dont les mégalopoles Shanghai et Canton) soient vulnérables à la montée du niveau de la mer et au durcissement des conditions climatiques ajoute une dimension supplémentaire à la nécessité d’agir.

La guerre à la pollution

Aussi les autorités chinoises ont-elles déclaré la «guerre à la pollution» en s’engageant, dans le cadre du Plan quinquennal actuel, à intégrer une dimension écologique dans «chacun des aspects […] relatifs aux développements économiques, politiques, culturels et sociaux».

Les objectifs globaux de ce plan environnemental comprennent une réduction de 15% de la consommation énergétique par unité de produit intérieur brut, une amélioration de 23% de la gestion efficace de l’eau, un nouveau plafond de 5 milliards de tonnes pour la consommation en énergie ainsi qu’une diminution globale de 18% de l’intensité de carbone.

En janvier, alors que les Etats-Unis semblaient disposés à adopter une approche bien différente vis-à-vis du réchauffement climatique, la Chine a déclaré porter à 2,5 milliards de renminbis (environ 360 milliards de dollars) ses investissements dans les énergies renouvelables d’ici à 2020. Le plan 2016-2020 de la National Energy Administration vise à réduire à 58% (contre environ 64% actuellement) la part de charbon utilisée dans le mix énergétique et à augmenter la proportion des énergies non fossiles à au moins 15%.

Le premier producteur mondial d’énergie solaire

Et des progrès sont d’ores et déjà visibles. En 2016, la Chine a installé trois fois plus de capacité de production d’électricité éolienne (23,3 gigawatts) que les Etats-Unis, élevant sa capacité totale à près d’un tiers de l’énergie éolienne mondiale. Sa capacité photovoltaïque a aussi plus que doublé durant la même période, plaçant le pays au rang de premier producteur mondial d’énergie solaire.

Concernant les transports et les infrastructures à faibles émissions de carbone, la Chine a construit plus de 20 000 kilomètres de lignes ferroviaires à grande vitesse au cours des dernières années, dans l’intention d’étendre son réseau à 45 000 kilomètres d’ici à 2030. A ce titre, l’appui des autorités à l’égard des véhicules électriques révèle que la Chine devrait devenir le premier marché du monde dans ce domaine au cours des prochaines années.

L’initiative chinoise «One Belt, One Road» est également fortement teintée de vert. En effet, des milliards de dollars sont investis en vue d’améliorer les infrastructures avec plus de 60 pays d’Asie, d’Europe et au-delà.

Enfin, la Chine est devenue le principal moteur de la croissance sur le marché mondial des obligations vertes. Sur le plan réglementaire, les lignes directrices 2015 de la Banque populaire de Chine constituent un pas important en leur faveur. Le pays a pris des mesures pour faciliter les investissements économiquement durables du secteur privé par des capitaux étrangers. Des obligations chinoises vertes pour plus de 33 milliards de dollars américains ont ainsi été émises l’an passé. C’est bien plus d’un tiers du total mondial.

Bien entendu, les changements apportés au mix énergétique ainsi qu’au régime de tarification chinois, à son parc automobile ou à ses marchés de capitaux ne peuvent être réalisés du jour au lendemain. Il faudra des années pour que l’environnement de la Chine se purifie et que son économie passe réellement au «vert».

Conformément au rôle essentiel que joue la Chine sur la scène internationale dans la résolution des problématiques affectant le monde entier, les responsables politiques chinois se sont engagés dans la bataille. Ils n’ont pas seulement la volonté mais également les moyens de tirer parti de la transition économique actuelle que traverse le pays pour réaliser encore d’importants progrès «verts» au cours des prochaines années.

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