«Les parlementaires fédéraux ont l'esprit ailleurs. Ils ont une vue à très court terme, celle des élections de cet automne, alors que nous sommes chargés de garantir l'approvisionnement à long terme du pays.» Dominique Dreyer, président du grossiste en électricité romand EOS, n'est pas tendre avec les élus qui ont mis en place, selon lui, des conditions légales contradictoires. Ce cadre, notamment la compensation des émissions de CO2, rend très difficile la construction de nouvelles installations de production d'électricité rentables.

«Comment pourra-t-on investir 400 millions de francs dans l'usine à cycle combiné au gaz naturel de Chavalon (VS), si on nous demande d'intégrer des dépenses de 600 millions pour compenser les émissions de CO2», se demande Hans Schweickardt, directeur d'EOS. En fait, le grossiste romand, qui livre la moitié de son courant à cinq distributeurs locaux parmi lesquels les SIG genevois, Romande Energie, ou le groupe E à Fribourg et Neuchâtel, ne le sait pas. «Nous sommes en train de faire des calculs», indique le directeur général. Les Chambres fédérales ont placé la barre très haut, trop haut selon EOS.

La compensation, sur sol suisse, de 70% des 750000 tonnes annuelles de CO2 émises par la centrale paraît techniquement impossible. Il faudrait créer un tel nombre de pompes à chaleur que toute nouvelle centrale à gaz deviendrait irréalisable. Le potentiel maximum de compensation serait en effet atteint. Et si Chavalon, érigée sur un site existant proche d'une conduite de gaz, n'est pas rentable, aucune autre centrale ne le sera en Suisse.

La décision de construire sera prise avant la fin de l'année. Et si c'est «non»? «Nous ne construirons pas à n'importe quel prix. Notre décision finale aura une influence sur l'ensemble de l'industrie électrique suisse», avertit Hans Schweickardt. En fait, les électriciens espèrent une promesse d'adoucissement des conditions légales provisoires de compensation des émissions de CO2. «La branche électrique est discriminée par rapport à l'industrie chimique ou de fabrication de papier», s'indigne le directeur général. Il explique son insistance à créer une filière de production au gaz par la dégradation du bilan énergétique suisse, et la lenteur des décisions pour toute nouvelle centrale nucléaire. En 2006, la consommation a dépassé la production de 2,7 milliards de kWh.

Economiser sans souffrir

Un sondage réalisé par EOS auprès de 1000 personnes montre que les Romands surestiment l'apport des énergies renouvelables et sont sensibles aux économies d'énergie s'ils n'ont pas besoin de changer de mode de vie.

EOS a fortement développé ses ventes à l'étranger en 2006, ce qui entraîne une hausse de 41% du chiffre d'affaires, à 1,9 milliard de francs. Le bénéfice net progresse de 7%, à 55 millions. Le groupe sort d'une période de restructuration entamée en 2001. Il a donc renégocié ses contrats en augmentant ses prix, dès l'automne, de plus de 50%. Selon EOS, les distributeurs locaux pourront absorber le choc sans reporter la hausse sur le consommateur.