L’investissement durable est plus que jamais au cœur de l’actualité. Actuellement, 2300 entités représentant 85 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion adhèrent à ces principes.

Cependant, si les investisseurs professionnels et institutionnels ont largement adopté les critères ESG (environnementaux, sociétaux et de gouvernance), les petits épargnants qui leur ont emboîté le pas sont encore relativement peu nombreux.

C’est dans le but de comprendre les raisons de ce retard qu’une enquête a été réalisée auprès de 4600 personnes sur 14 marchés, dont la Suisse (*).

Manque de connaissances

Le manque flagrant de connaissances en matière d’investissements ESG représente l’un des premiers freins au déploiement de ces derniers: 59% des personnes interrogées, et même 61% en Suisse, déclarent n’en avoir jamais entendu parler. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les personnes disposant de montants à investir inférieurs à 100 000 dollars (dans le groupe des personnes plus fortunées la proportion de celles qui n’ont pas entendu parler d’ESG descend à 33%).

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Cependant, l’intégration des critères ESG varie considérablement et de manière imprévisible d’un pays à l’autre. Ainsi, les Norvégiens, souvent considérés comme à l’avant-garde en matière de durabilité, ne sont que 15% à avoir appliqué des critères ESG à une partie de leurs portefeuilles, alors que cette proportion dépasse les 40% en Italie et au Brésil. La Suisse se situe, quant à elle, dans la moyenne avec 29% des personnes interrogées affirmant avoir investi de manière durable.

Le manque de connaissances en matière d’ESG, aggravé par le flou de la terminologie utilisée, ne semble pas pouvoir être comblé par les conseillers. Près de la moitié des personnes interrogées souhaiteraient que leur intermédiaire leur parle davantage des critères ESG.

L’enquête révèle également que la probabilité d’avoir investi en fonction des critères ESG est deux fois plus élevée chez les personnes interrogées âgées de 18 à 34 ans (38%) que chez les plus de 50 ans (19%). Les parents ont eux aussi davantage tendance à être des investisseurs ESG: 37% ont déjà effectué une allocation dans des investissements ESG contre 25% chez les non-parents. Enfin, les personnes interrogées qui détiennent des investissements ESG ont placé en moyenne 31% de leurs portefeuilles selon ces critères.

Ce que veulent les investisseurs

Les questions sociétales, politiques et environnementales préoccupent fortement les personnes interrogées. Les trois quarts d’entre elles craignent que leurs enfants et petits-enfants ne vivent dans un monde plus dangereux et plus hostile que celui qu’elles connaissent: 74% pensent que nous n’en faisons pas assez pour remédier au changement climatique, tandis que 71% affirment la même chose concernant les inégalités. Tous les groupes d’âge sont du même avis.

De fait, de nombreuses personnes commencent désormais à changer leur comportement financier afin de concrétiser ces valeurs. Quelque 47% des personnes interrogées déclarent avoir commencé à considérer les questions environnementales et sociétales lorsqu’elles achètent de la nourriture ou d’autres articles. Dans certains pays, comme l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suisse, l’Argentine et le Brésil, plus de la moitié effectuent leurs achats en ayant ces considérations présentes à l’esprit.

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Il est également important de souligner que les sondés commencent à faire le lien entre ces problèmes et les entreprises dans lesquelles ils sont susceptibles d’investir. Près des trois quarts des personnes interrogées (73%) considèrent que les entreprises ne prennent pas suffisamment au sérieux leur responsabilité sociale, tandis que 70% estiment que les multinationales ne paient pas suffisamment d’impôts. En outre, près des deux tiers des sondés (65%) jugent que le comportement éthique est un facteur de surperformance et un tiers d’entre eux estiment qu’ignorer les questions ESG lors du processus d’investissement pourrait engendrer des rendements inférieurs à long terme (ce taux grimpe à 41% parmi les plus fortunés).

En dépit de cette prise de conscience généralisée, le passage à l’investissement ESG reste lent et ce, pour deux raisons. D’une part, plus de la moitié des personnes interrogées (55%) déclarent simplement ne pas s’être rendu compte qu’une approche ESG était possible. D’autre part, les préjugés demeurent. Ainsi, 40% des participants se disent préoccupés par les coûts supplémentaires d’un investissement ESG, alors que 21% pensent devoir faire un compromis sur la performance.

En route vers la planète ESG

Quels moyens adopter pour convaincre davantage d’épargnants de l’intérêt de l’investissement durable? Pour de nombreux investisseurs, le filtrage négatif paraît être la stratégie la plus naturelle pour s’engager sur la voie de l’ESG et 41% des sondés déclarent que leur approche ESG préférée consisterait à faire des investissements qui reflètent leurs valeurs. Cela peut toutefois évoluer à mesure que les investisseurs se perfectionnent. Ainsi, 30% des individus fortunés interrogés déclarent s’intéresser particulièrement aux investissements ESG sélectionnés spécifiquement pour leur potentiel de surperformance, contre 24% chez ceux dont la somme à investir est inférieure.


(*) «Act ESG: combler le fossé des connaissances sur l’ESG. Comment les fournisseurs de produits et les conseillers peuvent atteindre le client final», Vontobel Asset Management.