Larry Fink avait fait sensation. En janvier 2020, dans sa lettre annuelle, le directeur général de BlackRock annonçait vouloir exclure les pollueurs de ses portefeuilles. Le charbon, notamment, devait disparaître, tandis que la firme aux quelque 10 000 milliards sous gestion se positionnait comme un chantre de l’investissement durable.

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Sauf que ce n’est pas tout à fait le cas. Du moins si l’on en croit une étude publiée lundi soir par un groupe d’ONG, dont Urgewald et Reclaim Finance: BlackRock reste le gestionnaire d’actifs le plus investi dans le charbon avec 109 milliards de dollars. Les ONG ont identifié plus de 4900 investisseurs institutionnels dont les participations dans l’industrie du charbon se montent à plus de 1200 milliards. En outre, 38% de ces fonds sont investis dans l’expansion de l’extraction ou le développement de nouvelles centrales.

«Il ne faut pas se laisser avoir par l’adhésion de BlackRock et Vanguard [numéro deux du classement avec 101 milliards] à la Net Zero Asset Managers Initiative. Ces deux institutions ont davantage de responsabilités que n’importe quel autre investisseur institutionnel dans le monde», a pointé Yann Louvel, analyste chez Reclaim Finance, dans le communiqué.

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Contacté, le groupe américain s’est défendu en soulignant que «la vaste majorité de ses actifs dans les actions pour le compte de ses clients le sont dans des stratégies indicielles qui suivent la performance d’un indice tiers. Nous n’avons donc pas la possibilité de désinvestir d’une entreprise individuelle». Certains clients le font de leur propre initiative, poursuit BlackRock, mais d’autres ne le souhaitent pas.

«Phénix» de la transition

En outre, «des entreprises prévoyantes transforment leurs activités et leurs actions sont une partie essentielle du processus de décarbonisation». Or, ces entreprises «qui mènent la transition représentent des opportunités d’investissements vitales pour nos clients, et amener du capital à ses phénix sera essentiel pour atteindre un monde net zéro».

C’est d’ailleurs le point d’achoppement central dans l’étude des ONG: sa méthodologie. Une entreprise est inclue dans leur liste Global Coal Exit à partir du moment où elle prévoit de nouvelles infrastructures pour exploiter le charbon, où elle tire 20% de ses revenus de l’exploitation du charbon, où elle en utilise pour 20% au moins de l’énergie qu’elle produit. Une société peut aussi y figurer parce qu’elle produit au moins 10 millions de tonnes par an ou détient au moins 5 gigawatts de puissance électrique alimentée au charbon.

Changer les stratégies

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Parmi les banques suisses, UBS est 31e avec 7,6 milliards, suivie de Pictet (42e avec 6,2 milliards). «La méthodologie de cette étude est trompeuse, estime cependant la banque genevoise. Elle prend en compte les investissements réalisés dans ces entreprises énergétiques sans tenir compte du pourcentage toujours plus modeste de leurs revenus tirés de la filière du charbon, au profit des énergies propres.» Pictet ajoute qu’elle n’investit pas dans des entreprises actives dans l’extraction de charbon et qu’elle a éliminé de son bilan à la fin 2020 la dernière exposition, soit moins de 0,01%, a des entreprises actives dans les énergies fossiles. Credit Suisse (84e avec 2,5 milliards) et la Banque nationale suisse (86e avec 2,5 milliards) figurent aussi dans le classement. A l'ats, cette dernière a rappelé avoir exclu de ses placements les titres des entreprises principalement actives dans l’extraction du charbon.

Les ONG se sont aussi intéressées aux financements des banques pour la filière charbon, qu’elles estiment à 1500 milliards de dollars entre 2019 et 2021. Le haut du classement est dominé par des banques chinoises, dont la première, Industrial and Commercial Bank of China, représente 61 milliards. Credit Suisse arrive 32e avec 13,5 milliards, tandis qu’UBS est 62e avec 5,2 milliards. Contactées, les deux banques ont souligné leur engagement pour la durabilité et rappellent qu’elles soutiennent et incitent leurs clients à participer à la transition vers une économie à faible émission de carbone.