C’était en août dernier. Un rapport de deux ONG, Stand.earth et Amazon Watch, épinglait des banques, dont plusieurs étaient suisses, pour leur double langage. D’un côté, elles vantaient leur engagement pour l’environnement et le climat. De l’autre, elles continuaient de financer le négoce de pétrole amazonien, alors que son extraction menace à la fois la biodiversité et les populations locales, selon les activistes. Dernier exemple en date, du pétrole s’est déversé en novembre dernier dans la rivière Shiripuno en Equateur, affectant plusieurs communautés indigènes.

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Ce rapport semble avoir fait mouche puisque, depuis, plusieurs banques ont décidé d’arrêter leurs activités dans cette région dite «des bassins sacrés» (Amazon Sacred Headwaters) en Equateur, décrite comme un des écosystèmes les plus importants du monde en termes de biodiversité, notamment pour réguler l’écosystème planétaire, et où vivent un demi-million d’indigènes.

C’est le cas de Credit Suisse, ING et BNP Paribas, affirment ce lundi matin les deux ONG, qui soulignent qu’à elles trois, ces banques comptabilisent 5,5 milliards de dollars (environ 4,9 milliards de francs) de financement du négoce du pétrole de l’Amazonie vers les Etats-Unis.

Genève en ligne de mire

Au total, 19 banques étaient citées dans ce rapport, qui pointait Genève en particulier pour son rôle mondial dans le négoce. Sur la période 2009-2020, ces établissements avaient fourni un financement total de 10 milliards de dollars, représentant 155 millions de barils de pétrole à destination de raffineries aux Etats-Unis. Parmi eux, UBS, Credit Suisse, la Banque cantonale de Genève, de même que plusieurs filiales suisses de banques étrangères, dont BNP Paribas, Indosuez ou ING. Les financements de Credit Suisse s’élevaient à 1,795 milliard et ceux d’UBS à 853 millions.

Or, pour plusieurs de ces banques, plus question d’y être. BNP Paribas l’a affirmé sur son site internet en fin d’année dernière, tandis que Credit Suisse et ING l’ont assuré par e-mail à des représentants des ONG. Contacté, l’établissement suisse précise aujourd’hui avoir «introduit dans le courant de l’année dernière des restrictions supplémentaires concernant le financement des combustibles fossiles», ce, dans le «cadre de nos engagements pour lutter contre le changement climatique, protéger la biodiversité et respecter les droits humains». Une décision qui s’inscrit dans son «ambition de devenir un leader de l’industrie financière du développement durable». En août dernier, Credit Suisse estimait que le rapport faisait référence à des engagements, certes existants, mais qui s’appliquaient à d’autres activités que le négoce.

Conscience des risques

«Ces engagements montrent une préoccupation croissante de la part des institutions financières globales quant aux risques de réputation qui accompagnent le financement du négoce du pétrole amazonien, a commenté Moira Birss, responsable climat et finance d’Amazon Watch. Ils représentent un premier pas pour un impact durable et significatif pour la protection des forêts tropicales et le respect des droits indigènes dans la région.» De son côté, Tzeporah Berman, responsable des programmes internationaux à Stand.earth, a ajouté que les banques investissant dans la chaîne de production du pétrole amazonien devaient être cohérentes avec leurs engagements pour le climat «en arrêtant son négoce et son financement tant que les gouvernements n’auront pas décidé d’arrêter la production actuelle, conformément aux objectifs des Accords de Paris pour le climat.»

Contacté, UBS ne s’est pas exprimée directement sur le financement du négoce de pétrole provenant de la région des bassins sacrés d’Amazonie. Mais la banque souligne qu’elle «applique des directives très complètes en matière de risques environnementaux et sociaux à tous ses produits, transactions, services et activités.» Elle ajoute qu’elle a, «à ce titre, refusé les transactions où l’origine du pétrole est associée de manière vérifiable à des violations de ses normes, comme les droits fonciers des populations autochtones ou les sites du patrimoine mondial de l’Unesco».

De fait, d’après les deux ONG, une seule banque, parmi celles qu’elles considèrent comme les six plus importantes, a continué à réaliser des transactions dans la région entre juillet et décembre derniers, à hauteur de 5,5 millions de barils. Il s’agit du groupe français Natixis.