Eric Syz, seul maître à bord de sa banque

Transaction Les deux cofondateurs ont vendu leurs parts au banquier genevois

Un pacte d’actionnaires arrivait à terme. Ni cession ni entrée en bourse ne sont envisagées

Ils se souviennent avoir commencé comme une start-up, début 1996 à Genève, avec une quinzaine d’ordinateurs achetés aux Etats-Unis, parce que c’était moins cher. Aujourd’hui, ils se séparent, d’un «commun accord».

Mercredi, Eric Syz, Paulo Luban et Alfredo Piacentini ont annoncé mettre un terme à «une aventure de presque vingt ans». Le premier a racheté la part des deux autres cofondateurs de la banque Syz, pour un montant non divulgué. Les fonds propres, de 385,1 millions de francs, selon le rapport annuel 2012, ou la masse sous gestion, 33 milliards, laissent entrevoir une transaction de plusieurs dizaines de millions pour chacun.

En deux décennies, la banque Syz a grandi pour atteindre près de trois fois la taille des banquiers plus que centenaire de Bordier. Syz emploie quelque 440 collaborateurs.

Le changement de propriétaire a été validé en début de semaine par la Finma, le gendarme de la finance. «Pour le bien de l’entreprise», a expliqué hier Eric Syz.

Jusqu’ici, la direction de la ­banque était assurée par le collège des trois fondateurs. Un pacte d’actionnaires avait été renouvelé en 2006, jusque fin 2014. «La structure de décision à trois a fait merveille, mais elle devenait plus difficile à faire fonctionner depuis que la banque est devenue un plus gros bateau», justifie Eric Syz. Une sorte de «retour à la normale pour une organisation de notre taille, avec une équipe de direction propre», selon Paulo Luban. La décision a été prise en février, «en une dizaine de jours». Eric Syz n’a «pas prévu» de faire monter quelqu’un d’autre au capital. Voilà qui «coupe court à toutes les discussions sur une possible vente [à un tiers]», glisse Alfredo Piacentini, en référence aux hypothèses émises ces derniers temps sur la place. A moins que cela ne facilite la transaction, Eric Syz, 57 ans cette année, étant désormais seul maître à bord. Ce dernier dément: «Si j’avais envie de vendre, je n’aurais pas acheté leurs parts maintenant.» Il exclut aussi une «entrée en bourse, parce que nous n’avons pas besoin de capitaux».

Eric Syz a ajouté à son capital les 13,51% et 7,21% que détenaient respectivement Alfredo Piacentini et Paulo Luban. Il en détient désormais 86,63% (93,05% des droits de vote), le reste étant dans les mains des collaborateurs. Les deux partants restent présents dans les ­bureaux de la rue du Rhône au moins jusqu’en septembre. Le ­conseil d’administration, auquel siège ­notamment Pierre Brunschwig (Bon Génie) et que préside l’avocat Luc Argand, est inchangé.

Paolo Luban avoue n’avoir «aucun projet précis pour le moment». De son côté, Alfredo Piacentini souhaite ralentir son rythme de travail et «monter un family office». Il restera d’ailleurs en relation avec la banque, grâce à «un accord amical». Il présidera par exemple l’unité de la banque Syz en Italie.

«Nous ne sommes pas en désaccord, mais avons des ambitions de vie différentes, poursuit Alfredo Piacentini. Le moment est assez magique, alors que les marchés se reprennent et qu’une équipe de direction est prête à reprendre le flambeau.»

La rentabilité de la banque a ­faibli ces deux dernières années: quelque 12,6 millions de bénéfice net en 2012 et 2011, contre 167,9 millions en 2007 ou 81,6 millions en 2008. Les chiffres 2013, publiés prochainement, sont promis «en hausse». «Toute industrie traverse des phases, relativise Paulo Luban. En 2006, lorsque nous avons reconduit notre accord jusqu’en 2014, nous ne pouvions prévoir nos résultats. Nous voulions nous engager sur une longue période de cogestion.»

Eric Syz n’exclut pas qu’un de ses enfants rejoigne un jour sa banque, mais ce n’est pour l’instant pas «à l’ordre du jour».

«Nous ne sommes pas en désaccord, mais avons des ambitions de vie différentes», explique Alfredo Piacentini