Mercredi, la marque UPC Cablecom a disparu au profit tout simplement d’«UPC». Le câblo-opérateur change de visage et colore aussi son logo. A la tête du premier téléréseau de Suisse depuis 2009, l’Américain Eric Tveter est actuellement sous pression. Au premier trimestre, UPC Cablecom, propriété du groupe anglais Liberty Global, a perdu des clients dans la télévision, l’accès à Internet et la téléphonie fixe. Des clients qui migrent a priori pour la plupart vers Swisscom. Eric Tveter s’affiche pourtant serein.

Le Temps: Pourquoi abandonnez-vous le nom de «Cablecom», pourtant connu des consommateurs?

Eric Tveter: Il y a deux raisons à cela. D’abord, nous voulons moderniser notre image et notre marque, en lançant de nouveaux produits qui plaisent à nos clients et qui accroissent leur satisfaction. Ensuite, nous souhaitons unifier notre nom en Europe, dans les pays où nous sommes présents, que ce soit en Autriche ou en Europe de l’Est. Enfin, notre société s’éloignant progressivement du câble pur, «Cablecom» ne nous correspond plus, notre réseau étant modernisé via de la fibre optique. Nous proposons aussi des offres de téléphonie mobile, ce qui nous permet de fournir tous les services.

- Swisscom vous prend des clients sur tous vos marchés historiques. Vous n’êtes en croissance qu’en téléphonie mobile, où vous avez créé vos propres offres en partenariat avec Salt…

- Je suis confiant, nous aurons bientôt de nouveaux produits et nous sommes les seuls à proposer des débits ultrarapides à tous nos clients, à la différence de notre concurrent qui n’assure pas la même vitesse maximale sur l’ensemble de son réseau. Nous proposons le meilleur «service universel» en matière d’internet avec un débit de 500 mbit/s sur l’ensemble de notre réseau et tous les téléréseaux couvrent 70% du territoire suisse. Nous investissons aussi pour étendre notre réseau via le projet «Autostrada», en fibre optique, qui nous permettra de relier 200000 ménages supplémentaires – notre réseau nous permet déjà de connecter la moitié des ménages suisses alors que Swisscom a ralenti le développement de son réseau fibre optique pour des raisons de coûts. Donc je ne suis pas trop inquiet par rapport à la concurrence, d’autant que nous progressons en téléphonie mobile (ndlr: UPC compte 40700 clients sur ce marché).

- Mais vous attendez-vous à perdre encore des clients sur vos marchés clé?

- Ces baisses du nombre de clients ont été très modeste, UPC tient le choc face à Swisscom. Nous lançons un nouveau modem appelé «connect Box» pour nos clients. Et j’ajoute que comme numéro un historique sur le marché de la télévision, il était logique que nous perdions des parts. Swisscom a aussi perdu des parts sur le marché de la téléphonie, et nous détenons environ 40% des parts de marché pour Internet dans les zones que nous couvrons.

- Est-ce que Swisscom est trop fort à vos yeux?

- L’opérateur, détenu à majorité par la Confédération, bénéficie à mon avis de certains avantages et se développe dans des domaines de plus en plus variés, ce qui est préoccupant. Swisscom devrait être plus régulé qu’il ne l’est actuellement. Je me réjouis notamment que la Loi sur les télécommunications soit actuellement révisée et que la concurrence soit facilitée.

- Que pensez-vous de l’amende de 71,8 millions de francs infligée à Swisscom concernant le sport à la télévision?

- Je suis heureux qu’une enquête approfondie, qui a pris beaucoup trop de temps, confirme le comportement illégal de Swisscom. Je suis confiant dans le fait que les recours que l’opérateur annonce vont permettre de confirmer qu’il a à nouveau violé le principe de concurrence, comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises. Je trouve incroyable qu’une société majoritairement en mains de l’Etat soit régulièrement reconnue coupable de violation des règles…

- Si vous remportez les enchères pour le football suisse, ou européen, allez vous revendre ces matches à Swisscom?

- Demandez déjà à Swisscom ce qu’il va faire, puisque la Commission de la concurrence n’a pas obligé l’opérateur à renoncer à son exclusivité, ce qui est scandaleux. Si nous obtenons les droits, nous voudrions créer une offre qui permettra à une audience nettement plus grande d’avoir accès à des contenus sportifs, pour un prix attrayant.

- Vous mettez souvent en avant les débits importants que vous proposez, mais les gens en ont-ils vraiment besoin?

- En 2004, proposer un débit de 256 kbit/s semblait déjà énorme… Les besoins ne cessent de croître et nous sommes à la pointe dans ce domaine, devant Swisscom. Si la Suisse est aussi en avance dans ce domaine, c’est surtout grâce aux investissements faits par les câblo-opérateurs. Notre réseau est rapide, c’est un argument très important.

- Voulez-vous racheter de nouveaux petits téléréseaux?

- Pourquoi pas. Nous présentons régulièrement des noms lors des réunions d’investissement au sein de Liberty Global. Nous sommes aussi très satisfaits des partenariats que nous avons avec de nombreux téléréseaux régionaux. La plupart veulent rester propriétaires de leur réseau, mais sont incapables de réaliser certains investissements, du coup ils nous permettent de revendre nos produits. Dans certains cas, si les deux parties sont d’accord, un rachat peut nous intéresser. Les deux modèles nous conviennent.

- A Genève, vous possédez 49% du capital de Naxoo. Un vote vous a empêché d’en acquérir la totalité. Etes-vous toujours intéressés?

- Il faut toujours être deux pour danser le tango… Mais globalement nous sommes satisfaits de l’accord commercial que nous avons avec Naxoo et nos rapports avec la ville sont bons.

- Vos tarifs en téléphonie mobile sont agressifs. Quelle est votre stratégie?

- Nous gagnons davantage de clients que Swisscom qui, sur ce marché, a pour la première fois de son histoire perdu des clients. Les clients veulent de plus en plus acheter tous les services chez un seul opérateur. Nous avons une base de 1,3 million de clients en télévision, notre but sera bien sûr de les fidéliser, notamment via notre offre de téléphonie mobile. En parallèle, nous améliorons sans cesse notre offre de télévision, notamment avec du contenu original.

- Concernant les prix, vous vous positionnez 10 à 15% moins cher que Swisscom. Quelle est votre stratégie?

- Le but est de proposer le meilleur rapport qualité prix. En général, nous sommes moins chers que Swisscom, avec le prix par mbit/s, pour Internet, le moins cher du pays. Et comme la demande croît, nous serons de mieux en mieux positionnés.

- Vous avez augmenté le 1er janvier de 5,8% le prix du raccordement de base, pour le faire passer à 33,95 francs. Pourquoi?

- Il nous faut consentir à de gros investissements pour améliorer encore notre réseau, nous n’avons pas le choix. Et nos services progressent sans cesse. Mais cela a un prix, que nous estimons raisonnable.

- Il y a quelques semaines, Sunrise a lancé un site web, en allemand, pour dénoncer l’opacité de vos tarifs et en disant à vos clients qu’ils ne savaient pas que cette taxe était cachée dans le montant du loyer…

- Je pense que ce que dit Sunrise est une insulte à nos clients, ils savent exactement ce qu’ils payent. Il n’y a pas de frais cachés, nous sommes tout à fait transparents. Et je vous rappelle que pour 33,95 francs par mois, vous avez un raccordement téléphonie, une offre de télévision numérique et un débit de 2 mbit/s. Et nous sommes 20% moins chers que Swisscom pour une offre comparable. Sunrise a perdu en justice à plusieurs reprises sur ce point et devrait arrêter de faire perdre du temps aux tribunaux.

- Vous incitez de plus en plus vos clients à abandonner la facture papier, sinon ils doivent payer 3 francs par mois…

- Oui, mais cela permet aux consommateurs de nous faire utiliser moins de papier. Et je pense que ce coût de 3 francs est raisonnable au vu des coûts que les factures papier engendrent pour nous.


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