Ericsson jette enfin l'éponge. Le groupe a confirmé vendredi son intention de céder la production de téléphones mobiles à l'américain Flextronics, après avoir enregistré une perte de 10,3 milliards de couronnes suédoises (1,75 milliard de francs) dans cette division au dernier trimestre. Ce chiffre inclut le transfert de la production (8 milliards de couronnes), effectif dès le 1er avril. Flextronics, dont le siège se trouve à Singapour, reprendra les usines de production d'Ericsson au Brésil, en Malaisie, en Suède, au Royaume-Uni, ainsi qu'une partie du site de production américain de Lynchburg en Virginie. «Cette transaction nous permettra de réaliser des économies d'échelle, de mieux utiliser notre capital ainsi que d'accroître notre flexibilité», précise le communiqué d'Ericsson. Le groupe compte se concentrer dans la recherche, la vente et le marketing des téléphones mobiles. Ce changement de stratégie a été applaudi par Mikron, dont Ericsson fait partie des principaux clients: «l'incertitude diminue quant à l'avenir des activités de téléphonie mobile d'Ericsson», a déclaré le groupe dans un communiqué.

Manque de compétitivité

Pour financer la reprise, Flextronics a déclaré qu'il vendrait 25 millions de ses actions, d'une valeur de 914 millions de dollars (1,5 milliard de francs) au cours de clôture de jeudi soir. Mais le prix définitif pour l'achat des usines n'a pas encore été annoncé. La transaction n'est pas innocente: Ericsson a déclaré que 4200 de ses employés rejoindraient Flextronics. Mais environ 700 autres perdront leur emploi, dont 600 en Suède et moins d'une centaine au Royaume-Uni. D'ici fin 2001, Ericsson aura réduit son nombre d'employés dans la division de téléphonie de 16 800 personnes à 7000.

La division de téléphonie mobile souffre depuis deux ans d'un manque de compétitivité face à des concurrents beaucoup plus agressifs comme le finlandais Nokia. Elle peine à amener de nouveaux produits sur le marché, a rencontré de sérieuses difficultés avec ses sous-traitants et a été victime l'année dernière d'un incendie dans une usine de production de puces électroniques.

Le groupe a annoncé vendredi également un chiffre d'affaires en hausse de 27% à 273,6 milliards de couronnes en 2000. Mais encore une fois, il a déçu les analystes en détaillant ses prévisions pour l'année 2001. La croissance prévue de plus de 20% du chiffre d'affaires a été ramenée entre 15 et 20%. Quant à la marge opérationnelle (résultat opérationnel en pourcentage du chifffre d'affaires), elle devrait se situer entre 6 et 8%. Le titre du groupe a plongé vendredi de 11,4% à 105 couronnes.

L'année 2001 ne sera guère facile pour tous les producteurs de téléphones. Les ventes devraient diminuer en raison du ralentissement conjoncturel mondial et par le fait que les clients attendent l'arrivée de nouvelles technologies avant de remplacer leurs téléphones. La demande de réseaux de téléphonie mobile devrait par contre s'accroître, de la part d'opérateurs soucieux d'améliorer la rapidité de leurs systèmes. Or, plus de la moitié du chiffre d'affaires d'Ericsson provient des réseaux de téléphonie mobile. Le groupe prévoit d'ailleurs d'augmenter en 2001 ses investissements dans les systèmes de réseau de troisième génération, dont il fait partie des leaders mondiaux.

Ce secteur est certes juteux, mais le pari est loin d'être gagné. Car pour gagner ces contrats, affirment certains analystes, les fournisseurs de systèmes devront peut-être baisser leurs prix, érodant ainsi leurs bénéfices. La concurrence s'accroît. Pour demeurer compétitifs, les producteurs de téléphones mobiles et les fournisseurs de systèmes de réseaux devront encore davantage se concentrer sur leurs métiers de base.