«Je m’attends à une normalisation des taux d’intérêt, mais plus lente que beaucoup ne l’espèrent. Les taux longs grimperont à 2-3% d’ici cinq à dix ans», déclare François-Serge Lhabitant, directeur général et responsable de la stratégie de Kedge Capital, mercredi à Zurich. Ce gérant d’actifs place les capitaux de la famille Ernesto Bertarelli dans les hedge funds depuis 2001 et fait partie de Waypoint Capital. Kedge gère 4 milliards de dollars, dont 80% proviennent de la famille et 20% d’investisseurs extérieurs.

La société n’a jamais eu de Madoff en portefeuille et n’a jamais été confrontée à des cas de fraude. Sans doute est-ce parce qu’elle cherche d’abord à ne pas perdre d’argent et contrôle longuement le mode de fonctionnement des fonds dans lesquels elle investit. «En réalité nous n’aimons pas les hedge funds, mais nous aimons certaines caractéristiques que nous ne trouvons que dans ces instruments», ajoute le Genevois. Pour lui, un hedge fund est un fonds dans lequel le gérant se prépare à une baisse avant que celle-ci ne survienne. Il investit dans des actions, des obligations, des matières premières, des monnaies ou des crédits en retournement.

L’avantage des pertes personnelles

«Le fait d’avoir personnellement perdu beaucoup d’argent durant le krach de 1987 m’a servi de leçon. Ne confiez de l’argent qu’à des gérants qui ont déjà subi des pertes et qui assument les conséquences de leurs choix», lance le directeur.

La performance de Kedge n’a pas à rougir d’une comparaison avec l’indice Nasdaq des actions technologiques américaines. Depuis janvier 2001, le rendement annuel de la société d’Ernesto Bertarelli atteint 5,9%. Elle dépasse nettement les 4,8% de l’indice Nasdaq. L’explication est à chercher dans la perte maximale des deux valeurs. Celle de Kedge n’a pas dépassé 19,1% alors que celle du Nasdaq a été de 57,7%. La volatilité, une mesure du risque, a été de seulement 4,9% pour Kedge, contre 23,7% pour le Nasdaq.

François-Serge Lhabitant et ses 20 collaborateurs n’ont rien à envier à Warren Buffet. La performance annuelle du «Sage d’Omaha» est certes meilleure puisqu’elle s’élève à 7,4%, mais sa perte maximale (44,5%) a été plus grande que celle de Kedge ainsi que son risque (17% en termes de volatilité).

Sur les marchés actuels, Kedge considère qu’il existe deux risques majeurs du point de vue de l’investisseur. Le premier est politique. Les élections américaines, françaises, allemandes et le référendum italien menacent de pénaliser les portefeuilles. «Aux Etats-Unis, je n’aime aucun des deux candidats, mais une fois l’élection passée l’environnement aura l’avantage d’être prévisible pour quatre ans», lance-t-il.

«Je crains une explosion de la crise de la dette, en particulier en Europe, car rien n’a vraiment avancé sur ce dossier», avertit le gérant. Aux Etats-Unis, les mauvais risques sont sortis des portefeuilles des banques, ce qui n’est pas le cas en Europe. «L’histoire montre que les crises de crédits se produisent de façon cyclique (1997, 2002, 2008), mais le moment exact est imprévisible», note le gérant.


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