Ils ont la même vision de l’innovation dans le domaine des sciences de la vie et la même idée de la manière de faire éclore de nouveaux médicaments. Les retrouvailles, en juin dernier, entre Ernesto Bertarelli, héritier du groupe Serono vendu à l’allemand Merck en 2006, et Christopher Viehbacher, ex-patron du groupe français Sanofi, débouche aujourd’hui sur un nouveau projet. Le bébé, né à Cambridge, Massachussets, pèse 600 millions de dollars (610,1 millions de francs) et s’appelle Boston Pharmaceuticals.

La société financée par les fonds de la famille Bertarelli, se concentrera sur le développement de molécules en phase I et début de phase II, soit des médicaments potentiels qui se situent à au moins cinq ans de leur commercialisation. «Ce sont des stades de valorisation de la recherche négligés par les grandes entreprises, comme par les petites biotechs», explique au Temps Christopher Viehbacher, président de la nouvelle société financée par Gurnet Point Capital, société d’investissement fondée par Ernesto Bertarelli en juin dernier avec un capital de 2 milliards de dollars.

Christopher Viehbacher constate que les grands groupes pharmaceutiques disposent de nombreuses molécules sans disposer des moyens financiers pour les développer toutes au même rythme. Quant aux petites sociétés innovantes, elles disposent souvent de plusieurs molécules sans avoir trouvé des partenaires financiers pour chacune d’entre elles.

Lorsqu’il était patron de Sanofi, Christopher Viehbacher a pu dépenser 30 milliards de dollars pour des acquisitions. Que peut-il faire aujourd’hui avec 600 millions de dollars, somme relativement modeste dans un univers pharmaceutique en phase de surenchère avec la possible fusion du siècle à 150 milliards de dollars entre Pfizer et Allergan? «Nous ne vivons pas dans le même monde. En réalité, comme le risque d’échec est élevé, les molécules en phase I ne se vendent pas très cher sur le marché», explique le président de Boston Pharmaceuticals, société qualifiée de virtuelle.

En effet, l’entreprise a engagé sept personnes et pense parvenir à 20 emplois fin 2016. «Nous avons besoin de spécialistes et d’analystes, mais le développement des projets sera confié à des experts extérieurs», souligne Christopher Viehbacher. Une fois la preuve du concept d’efficacité du médicament apportée, en phase II, le médicament potentiel sera revendu à une grande entreprise. «Nous avons la capacité financière d’acheter une vingtaine de molécules», affirme le président de Boston Pharmaceuticals. 20 contrats de confidentialité ont déjà été signés avec des sociétés pharmaceutiques et deux propositions fermes d’achat sont sur la table. Des entreprises américaines, japonaises et européennes sont concernées. «Il n’y a pas de biotech suisse, mais cela viendra peut-être plus tard», confie Christopher Viehbacher.

Pourquoi avoir installé l’entreprise près de Boston plutôt que dans la région lémanique qui dispose d’un pôle reconnu en sciences de la vie? «Boston reste la capitale de l’innovation pharmaceutique, et les essais cliniques sont plus faciles à réaliser aux Etats-Unis, où il existe des hôpitaux spécialisés, qu’en Europe», relève l’ancien patron de Sanofi qui se réjouit de ses nouvelles fonctions. «J’ai aujourd’hui davantage de liberté et je baigne dans un esprit entrepreneurial».