Les family offices, une branche de la finance en plein développement, déploient leurs charmes jusqu'en couverture des magazines économiques (voir Bilanz de ce mois). Ces structures d'investissement des familles les plus riches, intégrées ou non à un institut bancaire, sont de plus en plus un lieu de rendez-vous des grands noms de la finance.

C'est particulièrement vrai pour Kedge Capital, qui gère l'argent d'Ernesto Bertarelli, CEO et administrateur délégué de Serono. A tous les niveaux décisionnels, comme pour son groupe de biotechnologie, ce sont des personnalités réputées que le patron d'Alinghi a recrutées.

Au total, 35 spécialistes, répartis entre Genève, Londres et Jersey, sont actifs dans cette plate-forme d'investissement. Répartie en trois segments, le private equity, l'immobilier et la gestion alternative avec les hedge funds, elle gère des actifs globaux d'environ 10 milliards de francs, selon le magazine zurichois.

Dernier arrivé, François-Serge Lhabitant est particulièrement bien connu en Suisse romande. Auteur de livres spécialisés en finance, professeur à l'Université de Lausanne et à l'EDHEC Business School, l'ancien directeur de UBS Global Asset Management et jusqu'à ce début d'année responsable du contrôle du risque à l'Union Bancaire Privée, a été nommé chef de la recherche de Kedge Capital et responsable des hedge funds, ainsi qu'il nous le confirme. Il remplace Sam Becker, parti chez Barclays.

L'ensemble de la plate-forme est dirigé par Denis Mirlesse, un financier romand de renom, ancien professeur à HEC Lausanne et directeur au private banking de UBS. C'est lui qui avait entre autres dirigé la fusion des systèmes opérationnels de la SBS et de l'UBS dans le cadre de la fusion. D'autres grands noms de UBS sont actifs chez Kedge Capital. Ernesto Bertarelli lui-même est membre du conseil d'administration de la première banque du pays. Et dans l'autre sens, Alberto Togni, vice chairman de UBS, est administrateur de Kedge Capital.

Le concept de Kedge Capital a été élaboré en 2001 quand Ernesto Bertarelli est parvenu à réunir dans une structure d'investissement, indépendamment d'une banque, un management issu de la banque d'investissement, de la gestion d'actifs et des milieux académiques. L'organisation veut réunir tous les superlatifs, que ce soit en termes d'expertise, d'exécution ou d'accès aux opportunités des marchés financiers.

Un concept prisé en Suisse

L'accent est mis sur la performance en termes absolus. L'idée est propre à l'univers des hedge funds. Elle signifie que les gérants visent une performance à long terme, tout en préservant la valeur du portefeuille à travers les différents cycles d'investissement. Ils ne se satisferont pas d'une performance qui dépasse les indices d'actions et d'obligations, car si ces indices baissent, la valeur du portefeuille diminuerait également.

C'est pour atteindre cet objectif de performance absolue que Kedge Capital accorde une large place aux hedge funds et au private equity dans l'allocation des actifs. Une orientation purement sur les actions et les obligations rendrait le portefeuille plus vulnérable aux aléas des deux principales classes d'actifs financiers.

Une autre particularité de Kedge Capital se retrouve dans la définition même des hedge funds, même si elle ne se limite de loin pas à ceux-ci, c'est la nécessité pour les gérants d'investir leur propre argent dans les fonds de Kedge Capital. Le concept permet à la fois de responsabiliser le gérant et d'aligner ses intérêts sur ceux de la famille Bertarelli.

Le concept de family office est né aux Etats-Unis. Selon Bilanz, il a été créé en 1838 quand Junius Morgan, dont le fils est le fondateur de la banque JP Morgan, a demandé à son conseiller personnel de se consacrer uniquement à la gestion de son argent. Mais parfois cette structure est chargée de gérer les fonds de plusieurs familles, voire de plusieurs fondations. Le magazine cite Bessemer Trust comme l'un des plus grands au monde, puisqu'il gère des capitaux de 1800 riches familles pour une fortune de 40 milliards de dollars.

En Suisse, le concept s'est également développé. Les familles Schmidheiny, Jacobs Bodmer ont mis sur pied de telles organisations. Andreas Rihs, le fondateur de Phonak, a également son family office et c'est l'ancien directeur financier du groupe qui en est le directeur.