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Ernesto Bertarelli et Martin Vetterli
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Ernesto Bertarelli: «Nous souhaitons agrandir le Campus Biotech à Genève»

La Fondation Bertarelli effectue un don de 10 millions à l’EPFL. Une manière d’assurer la continuité avec l’école mais aussi de rendre plus agile le Campus Biotech à Genève et d’élargir son spectre d’intervention. Interview de l’initiateur, Ernesto Bertarelli

Les liens entre la Fondation Bertarelli et l’EPFL se renforcent. L'entrepreneur genevois Ernesto Bertarelli annonce un nouveau don de 10 millions de francs à l’école pour accélérer la recherche de traitements contre les maladies neurologiques. Cinq millions iront à la réalisation d’une plateforme de thérapie génique au Campus Biotech à Genève et cinq autres millions seront consacrés à la création d’un «fonds catalyseur».

Le Temps: Pourquoi ce nouveau don de 10 millions de francs à l’EPFL?

Ernesto Bertarelli: Il vient en complément des 20 millions de francs que nous avons déjà consacrés à la création de quatre chaires à l’EPFL, désormais installées au Campus Biotech. Ce nouveau don va permettre de créer une plateforme de thérapie génique. Nous avions déjà des partenariats dans le domaine de la génomique au Campus Biotech avec les hôpitaux universitaires de la région mais il n’y avait pas de projet thérapeutique interdisciplinaire à proprement parler dans ce domaine. C’est désormais chose faite. Ce projet rassemble aussi sur le site certains centres d’intérêt académiques de Patrick Aebischer, avec lequel nous continuons de travailler de manière très étroite.

– Comment s’articule cette approche avec le Centre Wyss, présent lui aussi au Campus Biotech?

– Notre plateforme de thérapie génique a pour but d’encourager la réflexion pluridisciplinaire dans le but de développer des agents thérapeutiques innovants contre les maladies affectant le cerveau, le système nerveux central et les organes sensoriels. Le Centre Wyss travaille quant à lui davantage sur la problématique des prothèses et de l’interface machine-cerveau. Notre plateforme de thérapie génique s’oriente donc plutôt vers le domaine des agents thérapeutiques. Cette approche complète idéalement la recherche qui se développe au Campus Biotech autour de la compréhension du cerveau et se distingue du centre de génomique annoncé récemment par l’EPFL, les Hôpitaux universitaires de Genève et l’Université de Genève dans le cadre de leur programme Health 2030 qui, lui, se concentre sur le décodage et l’analyse de l’ADN afin de promouvoir la médecine de précision. On voit bien que le terme d’écosystème appliqué au Campus Biotech n’est en rien usurpé!

– Ce don permet aussi de souligner la continuité de votre partenariat avec l’EPFL et son nouveau président?

– Absolument! Le projet en tant que tel avait été discuté à l’époque avec son prédécesseur Patrick Aebischer, mais il a été signé lundi avec Martin Vetterli, ce qui démontre une volonté forte de part et d’autre de continuer à travailler ensemble. L’implication du président Martin Vetterli à nos côtés est tout aussi intense que celle de Patrick Aebischer en son temps.

– Vous créez un «fonds catalyseur», c’est une sorte d’accélérateur de recherche comme on parle d’accélérateur de start-up?

– La mission de ce fonds catalyseur est d’encourager et de promouvoir la collaboration scientifique entre les différents groupes de recherche basés au Campus Biotech [le Centre de neuroprothèses, le Humain Brain Project, les équipes des quatre chaires Bertarelli et celles des hôpitaux universitaires locaux, ndlr]. Ce fonds catalyseur sera dirigé par un comité scientifique de pointe qui aura pour tâche de sélectionner les projets de recherche qui méritent d’être soutenus.

– L'entrepreneur américain Elon Musk a créé Neuralink pour créer le cerveau augmenté, est-ce un concurrent du Campus Biotech?

– Le monde de la science ne s’embarrasse pas de murs, ni de frontières et ceux qui le pensent se trompent. La recherche en neurosciences exercée à très haut niveau avance – si ce n’est de manière concertée – à tout le moins de manière très transparente. Le cerveau constitue la prochaine frontière, le prochain horizon pour la science et, au-delà, pour toute la société. Nous avons réussi grâce aux investissements passés à allonger considérablement la durée de vie de l’être humain, mais nous devons faire en sorte que cette longévité soit accompagnée par une qualité de vie prometteuse et nous devons donc traiter les nouvelles maladies qui émergent en lien avec cette nouvelle longévité. Raison pour laquelle tout ce qui concerne la recherche sur le cerveau et son vieillissement, notamment Alzheimer et la démence, fait partie des priorités de nombreux chercheurs dans le monde entier. Nous souhaitons relever ces nouveaux défis! La Suisse fait partie du peloton de tête dans ce domaine de recherche et le Campus Biotech en est le fer de lance.

– Vous venez d’être honoré par la Swiss-American Chamber of Commerce pour les liens que vous avez tissés entre la Suisse et les Etats-Unis. Comment ces deux pays collaborent-ils dans le domaine de la science?

– En tant qu’ancien diplômé d’Harvard, j’ai eu à cœur de développer les liens entre cette université d’exception et l’EPFL. Avec la Fondation Bertarelli, nous avons créé des programmes conjoints entre la Harvard Medical School et l’EPFL, complétés par des programmes d’échanges de chercheurs, et nous organisons chaque année un symposium de neurosciences qui se déroule alternativement dans les deux pays. La connaissance est largement partagée entre nos deux nations mais aussi avec l’Europe, bien sûr, puisque le Campus Biotech accueille le Human Brain Project, l’un des projets de recherche phare de l’Union européenne, qu’elle soutient à hauteur de 1 milliard. Avec la centaine d’instituts qui collaborent dans le cadre du Human Brain Project basé au Campus, nous construisons des blocs de connaissances sur le cerveau humain qui s’empilent en quelque sorte les uns sur les autres dans le cadre d’une vision et d’un projet communs.

– Par rapport à votre projet initial, comment se développe le Campus Biotech?

– C’est un fantastique succès puisque nous affichons désormais complet – tous les espaces sont occupés – avec plus de 800 chercheurs qui travaillent désormais sur le site. C’est la preuve que l’approche était bonne: la densification de la connaissance attire vers le Campus de nouvelles initiatives. Nous avons réussi à établir un centre de connaissances de haut niveau, très dynamique, avec des dizaines de conférences organisées tous les mois.

– Il reste une parcelle de libre entre le Campus Biotech et l’avenue de France. Y a-t-il déjà des projets d’extension?

– Nous planifions effectivement le futur du quartier de Sécheron, qui s’est beaucoup développé ces dernières années. D’autres institutions et d’autres partenaires sont intéressés à nous rejoindre et il nous faut plus d’espace pour les accueillir. Ce n’est pas un projet qui va se réaliser à court terme, mais nous sommes en discussion avec les autorités par rapport à cette extension du Campus Biotech à moyen terme dans ce qui reste l’un des espaces vierges de ce quartier devenu emblématique à Genève.

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