Pharma

Ernesto Bertarelli: «Je suis triste et très surpris»

La réaction d’Ernesto Bertarelli, ex-directeur général de Serono

Ernesto Bertarelli participait mardi à l’inauguration du Centre de neuroprothèses de l’EPF de Lausanne, que sa fondation contribue à financer.

Le Temps: Vos sentiments à l’annonce de la fermeture du site genevois de Merck Serono?

Ernesto Bertarelli: C’est malheureux. Je suis très attristé pour toutes les personnes concernées en Suisse, notamment à Genève, où s’est écrite une bonne partie de l’histoire de Serono. Malheureusement, je ne peux que prendre acte de cette décision; depuis la vente de Serono en 2006, je n’occupe plus aucune responsabilité dans cette société. Néanmoins, je suis très surpris par la décision si l’on se place d’un point de vue purement économique. Il me semble que les produits Serono ont bien marché. Par exemple, le chiffre d’affaire du Rebif [ndlr: servant à traiter la sclérose en plaque] a pratiquement doublé durant ces cinq dernières années, passant de 1 à près de 2 milliards de dollars. Cette décision montre toutefois que nous ne sommes pas à l’abri d’un environnement économique mondial difficile. Dans ce contexte, les différents pays et leurs sociétés ont tendance à protéger leurs propres intérêts. Ceci peut expliquer pourquoi Genève – qui n’est pas le principal centre administratif de Merck, société basée à Darmstadt – soit sacrifié.

– Lorsque vous avez vendu Serono à Merck, en 2006, figurait-il dans le contrat une clause excluant la fermeture de site suisse avant un certain délai?

– Les résultats de l’entreprise parlent d’eux-mêmes. Merck Serono a fait de gros investissements en Suisse. Selon les chiffres publiés ce matin, les effectifs ont augmenté de 25% ces cinq dernières années. Et les investissements immobiliers, que l’on peut tous observer en roulant sur l’autoroute au bord du lac, ont également été conséquents.

– Aucune condition n’avait donc été fixée concernant le maintien temporaire ou durable du site genevois…

– Ce n’était pas une condition, c’était une évidence. A l’époque, Merck voulait acquérir la connaissance et le savoir dans le domaine des biotechnologies. Et les profits ont suivi. Ce qui explique pourquoi ils ont investi en Suisse, dont 200 à 300 millions de francs à Vevey, et ont augmenté les effectifs. D’où mon étonnement aujourd’hui.

– Quel impact cette fermeture aura-t-elle pour le domaine des biotechnologies sur l’Arc lémanique?

– Il sera important, bien sûr. Depuis trois décennies, Serono a été un peu le moteur pour cette région. Le fait que ces activités disparaissent de Genève n’est évidemment pas une bonne nouvelle. Il reste cependant toutes les activités de production et de recherche dans le canton de Vaud. Elles sont très importantes, et demeurent au centre des efforts de production et de manufacture de la société. Ces sites continuent de représenter un atout pour la région lémanique.

– Sur un plan personnel, c’est aussi une longue histoire de famille qui s’achève à Genève, avec la disparition de la société créée par votre père.

– Depuis 2006, je pense que notre famille a démontré son attachement à Genève et à la Suisse, de diverses manières… Je suis toujours à Genève, j’y ai mes bureaux. Je continue à faire des investissements dans le domaine de la santé, en Suisse et dans le monde. Notre famille est toujours impliquée dans le tissu économique helvétique. La leçon à tirer de tout cela est qu’il faut continuer à croire en nos qualités: la Suisse, contrairement à d’autres pays européens, a de formidables atouts à exploiter et une bien meilleure santé que ses voisins. Il faut continuer à investir dans nos sociétés et à croire dans notre modèle économique. Mais permettez-moi une nouvelle fois d’avoir une pensée pour toutes ces personnes qui ont fait le succès de Merck Serono à Genève et qui vont devoir vivre une épreuve difficile.

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