Ernst Müller-Möhl a souvent été présenté comme le fils spirituel de Martin Ebner, l'élève qui cherche sans cesse à dépasser le maître. Comme le financier au nœud papillon, ce fils de brasseur de cidre thurgovien a fondé sa banque ou plutôt ses banques. Comme Martin Ebner, il a accédé au conseil d'administration d'une société importante. Mais la comparaison s'arrête là, car les deux hommes suivent des stratégies fort différentes. Alors qu'Ebner mise avant tout sur des valeurs traditionnelles – la composition très classique de ses sociétés de participations en atteste – Müller-Möhl choisit la nouveauté et la technologie. Il s'investit dans son nouveau poste d'administrateur d'Ascom, lorgne sur Cablecom et s'intéresse au réseau à haute tension. Après avoir fondé la Bank am Bellevue, qui a lancé des produits dans la technologie médicale et la biotechnologie, il a créé, l'an dernier la A & A Actienbank. Une banque d'investissement active notamment dans le Private Equity. Innovateur, Ernst Müller-Möhl prend des risques, mais il tente de les minimiser. Raison pour laquelle sa banque ne détiendra que 3% du capital du nouvel institut, spécialisé dans la gestion de fortune, qu'il compte installer à Genève et Zurich. Jusqu'à présent cette audace a payé. Elle participe du mouvement qui bouscule depuis quelques années le monde feutré de la finance. On ne compte plus désormais les nouvelles «boutiques» financières qui se multiplient. En mettant en commun les compétences de quelques dizaines de spécialistes, elles peuvent offrir des produits spécialisés et occuper des marchés de niche. Leur volume d'affaire, comme celui de Müller-Möhl, reste bien plus modeste que celui de Martin Ebner.

A. My