Une banque peut ternir son image internationale en seulement deux petites minutes. Et c'est UBS Warburg, la banque d'affaires de UBS, qui a réussi ce triste exploit vendredi. Une erreur monumentale commise par un de ses courtiers dans l'ordre de vente d'actions à la Bourse de Tokyo risque de lui coûter plus de 100 millions de dollars, selon l'édition du 3 décembre du Wall Street Journal.

Tout a commencé vendredi à 9 heures du matin à la corbeille de la Bourse nippone. L'affaire était pourtant simple. Comme dans beaucoup d'offres publiques d'achat, UBS Warburg Japan était chargée de mettre sur le marché les premières actions de Dentsu, le géant de la publicité de l'Archipel. L'incroyable bourde est survenue lors des premières secondes de l'introduction en Bourse de cette société japonaise.

A l'origine, la banque avait demandé à ses opérateurs de vendre 16 actions à 610 000 yens, soit un paquet de titres d'une valeur totale de 9,76 millions de yens (130 000 francs). Or, le courtier a confondu le prix et le volume et a émis un ordre de vente de 610 000 actions à 16 yens ou plus (21 centimes) par titre. Ainsi, l'ordre de vente erroné qui portait sur un montant de 496 millions de francs (610 000 actions multiplié par le prix du marché à l'ouverture) a remplacé le premier paquet de 130 000 francs réellement désiré. Cette mise sur le marché massive de titres a fait tomber dès les premiers échanges l'action à 405 000 yens, alors que le prix aurait dû se situer dans une fourchette comprise entre 500 000 et 600 000 yens. Deux minutes après la cloche, à 9 h 02, la banque a annulé son opération. Mais le mal était fait: UBS Warburg avait déjà vendu 65 699 actions à des cours défiant tout opérateur lucide. Résultat: le groupe bancaire a offert à très bas prix des titres qu'il possédait et a commencé à racheter pour satisfaire la demande de ses clients investisseurs quand les cours se sont raffermis. Vendre bon marché et acheter au plus haut un même titre n'est évidemment pas une bonne affaire. Surtout quand les montants en jeu flirtent avec les milliards de yens. Cette différence pourrait lui coûter selon certains spécialistes, dont le Wall Street Journal, plus de 100 millions de dollars.

Crédibilité entamée

Pour compenser cette erreur, le groupe suisse a annoncé lundi qu'il allait continuer à acheter suffisamment d'actions Dentsu pour le règlement de cet ordre de vente commis vendredi. «Nous achetons ou empruntons des actions Dentsu auprès d'acteurs du marché, dont des maisons de courtage et des banques, afin de régler les transactions liées à l'erreur d'entrée de données commise la semaine dernière. Ces risques sont entièrement calculés et font partie de notre travail», a déclaré Toru Ichikawa, porte-parole de UBS Warburg Japan, sans pour autant préciser la perte que subirait la grande banque.

Mais les opérateurs boursiers ne sont pas de cet avis. Le titre UBS a perdu 3,1% de sa valeur depuis que cette affaire a éclaté au grand jour. Jeudi soir, avant que l'erreur ne se produise, l'action du numéro un bancaire suisse s'échangeait à 83,6 francs. Lundi, à la clôture, le titre ne valait plus que 81,5 francs. La Bourse a clairement sanctionné la bourde, alors que son concurrent direct, le Credit Suisse Group, a vu la valeur de ses actions rester stable à 64,25 francs.