Jomed survivra-t-elle à la crise qu'elle traverse? La question se pose, à la suite des nouvelles révélations faites par la société de technologie médicale sur ses manipulations comptables en 2001 et en 2002. Non seulement, ses résultats réels étaient négatifs en 2001 et probablement aussi en 2002, mais sa situation financière actuelle semble des plus précaires.

La semaine dernière, on apprenait qu'une transaction de 6 millions de dollars avait été improprement imputée à l'exercice 2001 et que le directeur financier partait avec effet immédiat. Puis lundi soir, a l'issue d'une journée pendant laquelle la cotation des actions à la Bourse suisse SWX était suspendue à la demande du conseil d'administration de la société qui menait son enquête interne, Jomed faisait savoir que d'autres opérations comptables étaient également incorrectes. Le président de la direction générale, Tor Peters, donnait alors sa démission (lire également Le Temps du 14 janvier). En attendant de trouver un nouveau CEO, l'intérim est assuré par Jörgen Petersen, jusqu'ici responsable des opérations. Quant à William Jansen, il aura tout juste duré une semaine à la tête des finances: il a été remplacé par Lars-Johan Cederbrant.

On en saura plus au bout de la révision complète des comptes que le conseil d'administration a confiée à une société d'audit externe (non spécifiée pour l'heure), et qui devrait être terminée d'ici au 31 janvier. Pour le moment, il apparaît d'une part que, contrairement à ce qui avait été annoncé le 7 janvier, ce ne sont pas 60, mais 142 cathéters IVUS (ultrason vasculaire) dont la vente a été comptabilisée avant le règlement, en 2001 et 2002. D'autre part, Jomed communique que d'autres transactions d'un montant de quelque 20 millions d'euros avaient été enregistrées en 2002, sans avoir été réellement effectuées.

Le chiffre d'affaires de 2001, qui était affiché à 165 millions de francs, devrait donc dans tous les cas être corrigé à 150 millions d'euros ou moins, ce qui fera certainement apparaître un résultat opérationnel négatif, au lieu des 12,8 millions d'euros préalablement publiés.

Pour l'année 2002, le chiffre d'affaires de 140 millions d'euros rapporté pour les trois premiers trimestres devra être amputé d'au moins 20 millions d'euros. L'exercice dégagera sans doute à nouveau une perte opérationnelle. Les estimations pour l'année en cours seront bien entendu revues.

Les conséquences financières qu'ont entraînées les révélations de ces derniers jours sont considérables. D'une part, l'action, qui a encore chuté de 70%, est maintenant presque au plancher. D'autre part, un certain nombre d'investisseurs institutionnels ont demandé à Jomed le remboursement intégral des parts qu'ils avaient souscrites en juillet 2002 à un emprunt convertible de 25 millions d'euros. D'autres pourraient suivre. Or, Jomed affiche pour l'heure des liquidités d'environ 22 millions d'euros en tout et pour tout.

Le conseil d'administration de Jomed déclare lui-même que «le besoin d'un financement additionnel et/ou d'une restructuration financière pourrait se présenter».

Il faut souligner que la mise au point des produits de pointe dont Jomed s'est fait une spécialité est très coûteuse. Son programme de recherche et développement est budgété à plus de 30 millions d'euros. Et les coûts de production des stents à couche médicamenteuse (tubes grillagés à introduire dans les artères), avec lesquels Jomed entend en principe conquérir de nouveaux marchés, sont très élevés. Pour le moment, l'incertitude la plus absolue plane sur l'avenir de la société.