Étude

Les espaces de travail, un chantier d’avenir pour l’industrie financière

L’emplacement et l’aménagement des bureaux s’intègrent progressivement dans la réflexion stratégique de nombreuses banques. Le secteur se découvre dans l’immobilier des défis grandissants, en particulier avec l’essor des fintech et pour séduire les meilleurs talents

C’est ce qui s’apparente à petite révolution copernicienne. La société d’expertise immobilière et de conseils à l’acquisition DTZ témoigne d’un «changement radical dans l’approche du parc immobilier bancaire, ce dernier étant poussé vers davantage de cohérence». Traduction: le secteur financier commence à multiplier les initiatives de réduction des coûts liés à ses espaces de travail. En effet, suite à la crise de 2008, les banques et autres institutions financières ont traversé une période chahutée, jalonnée de sauvetages par les autorités publiques, de restructurations et d’acquisitions afin d’améliorer les marges ainsi que les performances du secteur. «C’est au tour des parcs immobiliers de subir une mue comparable», affirme DTZ, dans une étude internationale publiée fin 2014 et passée relativement inaperçue. Décryptage.

Si les bureaux des banques semblent devenir la prochaine cible d’importantes réformes à venir, c’est qu’ils représentent, d’après DTZ, le deuxième centre de coûts le plus importants – après les salaires – pour une large majorité d’établissements. À ce titre, Genève est la cinquième place financière la plus chère au monde (tarif annuel de location par employé de 16 990 dollars), derrière Zürich (17 060 dollars), Lagos (17 590 dollars), Hongkong (21 600 dollars) et Londres (26 310 dollars). Ce qui n’empêche pas les taux d’occupation des locaux bancaires à travers la planète, indique DTZ, d’avoisiner pour l’heure les 45%. Par ailleurs, les baux ordinaires de 25 ans rendent ce type de patrimoine hautement illiquide.

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Le rapport du spécialiste de l’immobilier d’entreprise, basé sur des témoignages anonymes (confidentialité découlant de la règle de «Chatam House»), vise à dresser les contours géographiques et opérationnels des espaces de travail du futur dans l’industrie financière. Premier défi: l’évolution de la réglementation, ayant des effets majeurs sur l’emplacement et l’architecture des locaux bancaires. «Le paradoxe, indique DTZ, c’est que l’appel à isoler les départements pour des raisons de mise en conformité se heurte ici aux dernières tendances de travail.» Aujourd’hui, les besoins se portent sur des environnements ouverts, flexibles, et les entreprises manifestent un besoin grandissant d’espaces collaboratifs. «Notre enquête montre que les autorités refusent encore de préciser la manière dont doivent être interprétées les nouvelles normes, forçant les enseignes à adopter, par défaut, une approche plus conservatrice, voire contre-productive», déplore DTZ. Ce dernier recommande aux banques de faire davantage preuve d’audace, pour éviter que les contraintes légales n’asphyxient leurs efforts d’innovation.

Réforme technologique

Défi suivant: l’essor technologique. «La banque traditionnelle occupe d’énormes quantités de bureaux. Cet empiétement foncier intensif s’explique, historiquement, par un besoin de proximité avec la clientèle, à travers notamment un solide réseau d’agences», relève DTZ. A contrario, les plateformes fintech concurrentes, n’ont quasi aucune empreinte sur le terrain. «Les nouvelles technologies offrent l’opportunité de briser ce lien entre présence physique et promiscuité avec les clients», estime DTZ, qui plaide pour une réforme immobilière structurelle. Fini les immeubles étroits de 20 étages en plein centre-ville, mieux vaut à présent regrouper les équipes sur des espaces horizontaux, plutôt en périphérie.

Les banques sondées commencent à peine à investir dans les hautes technologies. «Mais cette numérisation en cours des services n’a pas que des effets sur la nature de la clientèle, moins intéressée à fréquenter des salons bancaires cossus. Elle influence aussi le comportement des employés [utilisation de matériel informatique personnel, etc.], sachant par ailleurs que dans les vingt prochaines années, jusqu’à 47% des tâches pourront être automatisées», souligne Pierre Stämpfli, directeur associé chez DTZ à Genève.

Conservatisme ambiant

Difficulté corollaire: les banques rechignent encore à faire appel à des sociétés tierces pour développer de nouveaux outils numériques. «Les départements informatiques, regroupant aujourd’hui quelque 50% des effectifs bancaires, sont ceux qui présentent la plus forte résistance aux changements technologiques, précise Pierre Stämpfli. Ils peinent encore à adapter les espaces de travail en les équipant par exemple de dispositifs en nuage [«cloud»], par crainte de compromettre la sécurité de leur établissement, alors que d’autres secteurs sensibles comme la pharma et l’industrie légale ont déjà franchi le pas du mobile.»

Autre paradoxe: avec environ 50% d’employés en informatique, les grandes banques se retrouvent en concurrence avec Google et Microsoft. «La génération «Y» est généralement davantage attachée à la qualité de son cadre de travail que par son salaire. Le secteur financier doit encore accomplir d’énormes efforts pour attirer, mais surtout retenir les talents indispensables à son essor», souligne Pierre Stämpfli, avant d’évoquer des pistes pour gagner en agilité, comme l’introduction du télétravail, une pratique jugée encore insuffisamment exploitée dans la finance.

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