Angela Merkel et Mariano Rajoy ont-ils passé un accord? Et si oui, lequel? A Bruxelles, le soulagement provoqué par les annonces jeudi de la Banque centrale européenne sur la mise en place, par l’institut d’émission, d’un programme de rachat d’obligations d’Etat sur le marché secondaire, n’a pas fait taire les questions. Au contraire.

Le fait que la chancelière allemande se trouvait à Madrid au moment des déclarations de Mario Draghi, et son soutien appuyé, hier à la BCE, pour qui «l’avenir de l’euro dépend dans une large mesure des agissements politiques» et pour qui «la conditionnalité est un point très important», ont replacé l’Espagne au cœur de la crise.

La baisse, vendredi, des taux d’intérêt espagnols à dix ans tombés sous les 6% pour la première fois depuis début mai, n’est pas jugée par la commission comme un indicateur à long terme: «La BCE ne pourra vraiment calmer le jeu qu’en démarrant ses achats, ce qui suppose un accord entre Madrid et les fonds de secours européens», expliquait hier l’entourage du commissaire aux affaires économiques, Olli Rehn. La mécanique enclenchée par la BCE est en effet claire: celle-ci conditionne son intervention à un accord préalable sur des réformes d’ensemble et sur une supervision communautaire adéquate.

«Il n’y a pas d’urgence»

Le premier ministre espagnol, de son côté, continue de prétendre qu’il «n’y a pas d’urgence» et qu’il «attend d’en savoir plus». Un attentisme acceptable tant que les juges de la Cour constitutionnelle allemande ne se sont pas prononcés sur le futur Mécanisme européen de stabilité (MES).

Difficile, en revanche, de ne pas bouger après leur avis, le 12 septembre, d’autant que les ministres des Finances de l’UE se retrouvent dans la foulée les 14 et 15 à Chypre. «Draghi a poussé la balle dans le camp de Rajoy. Celui-ci doit maintenant agir vite et publiquement», estime l’économiste espagnol Jordi Fabregat. L’autre contrainte de calendrier qui pèse sur l’Espagne en pleine crise est celle de l’Union bancaire. Le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, doit également présenter mercredi au parlement européen de Strasbourg son projet de confier à la BCE la supervision de l’ensemble des banques de la zone euro, y compris les établissements financiers ibériques en pleine déconfiture.

Restructuration accélérée

La BCE pourra, si ce projet est validé, attribuer et retirer les licences à partir du 1er janvier 2013. Ce qui oblige l’Espagne à accélérer la restructuration et la recapitalisation de ses banques, pour lesquelles la zone euro lui a concédé en juin une ligne de crédit de 100 milliards. Difficile dès lors de croire que Mariano Rajoy pourra, dans ces conditions, rester longtemps silencieux.