L'attaque de la forteresse bancaire italienne est lancée. Au lendemain de l'offensive des Espagnols de Banco Bilbao Vizcaya Argentaria (BBVA) sur la Banca Nazionale del Lavoro (BNL), sixième banque de la péninsule, le groupe néerlandais ABN Amro a officiellement annoncé mercredi son offre publique d'achat (OPA) sur la Antonveneta, neuvième groupe italien.

Bien que les deux opérations soient distinctes, elles ont été de toute évidence coordonnées de manière à mettre à l'épreuve le gouverneur de la Banque d'Italie, Antonio Fazio, qui s'emploie depuis plusieurs années à défendre «l'italianité» des instituts de la péninsule. Au point d'avoir été à plusieurs reprises dans la ligne de mire de la commission européenne au cours des dernières semaines.

Les Espagnols de BBVA ont donc été les premiers à tirer. Mardi, ils ont dévoilé les modalités de leur offre publique d'échange (OPE) sur la Banca Nazionale del Lavoro, dont ils détiennent déjà 14,75% du capital. Dans leur offensive, ils peuvent compter sur le soutien des assurances Generali (8,72%) et du patron de Tod's, Diego della Valle (4,99%). En cas de réussite de l'opération, BBVA deviendra la troisième banque de la zone euro par capitalisation boursière.

Quant à la première banque néerlandaise, ABN Amro, elle a opté pour une offre publique d'achat sur 100% du capital de la Banca Antonveneta, dont elle possède déjà 12,7% des parts. L'opération devrait s'élever à 6,3 milliards d'euros. Les Néerlandais, qui offrent 25 euros par titre aux actionnaires, ont indiqué qu'ils souhaitaient obtenir au moins 51% d'Antonveneta. «L'Italie est un marché important et attractif avec de fortes opportunités de croissance», a expliqué mercredi le patron d'ABN Amro, Rijkman Groenink qui a annoncé que son institut aura recours à une augmentation de capital pour financer l'opération.

Antonio Fazio dispose désormais de trente jours pour remettre son avis. Jusqu'à présent, le gouverneur de la Banque d'Italie est toujours parvenu à repousser les attaques extérieures. En effet, bien que très présents dans la péninsule (les Français du Crédit agricole détiennent par exemple 18% de Banca Intesa, le premier groupe italien), les instituts étrangers ne sont néanmoins pas encore parvenus à prendre le contrôle d'établissements transalpins. La législation italienne permet notamment à la Banque centrale de refuser une opération en cas d'insuffisance de «conditions garantissant une saine et prudente gestion de la banque». Antonio Fazio pourrait se prévaloir de cette clause pour rejeter les offres de BBVA et d'ABN Amro. Reste que, en dernière instance, «il appartiendra à la commission d'évaluer si les motifs de prudence sont fondés», a déjà averti il y a dix jours le porte-parole de la Commission européenne alors que les Espagnols et les Néerlandais faisaient part de leurs intentions.

Pour l'heure, Silvio Berlusconi a laissé entendre qu'il ne se mêlera pas de l'affaire et laissera jouer les règles du marché. D'autant que la riposte à la percée étrangère s'organise. Des «chevaliers blancs» locaux seraient prêts à relever le défi. Même si BBVA peut compter sur le soutien du patron de Tod's, Diego della Valle, et des assurances Generali. «Il est important pour l'économie italienne que les petites banques soient intégrées dans des groupes internationaux assez puissants pour jouer un rôle en Europe et pour pouvoir affronter les groupes américains», a estimé Antoine Bernheim, président du colosse italien de l'assurance. Mais face à cette coalition conduite par BBVA, un groupe d'actionnaires italiens représentant 26,68% du capital a déjà annoncé son intention de résister.

Quant à la Banca Popolare di Lodi, qui s'oppose à l'OPA d'ABN Amro, elle vient d'augmenter légèrement sa participation dans le capital d'Antonveneta pour dépasser la barre des 5%. Or le franchissement de ce seuil n'aurait pu s'effectuer sans l'autorisation préalable de la Banque d'Italie.