La conjoncture explique certes le recul actuel du tourisme. Mais on ne saurait la rendre responsable de la stagnation relative de l'industrie touristique helvétique depuis les années 1980. Pour rappel, le nombre de nuitées enregistré au cours de la «bonne» année 2000 était proche de celui de 1985. Aujourd'hui, nous nous retrouvons à peu près au niveau de 1982. La Suisse n'a pas cessé de perdre des parts dans un marché en forte croissance.

Il y a à cela de nombreuses raisons. Cependant, les entrepreneurs suisses de la branche, qu'ils soient hôteliers, propriétaires de remontées mécaniques ou promoteurs publics, ont leur part de responsabilité.

Faire une promotion groupée pour les remontées mécaniques? Impossible. Messieurs les propriétaires préfèrent y renoncer, plutôt que de s'associer au concurrent du village voisin. Pour la même raison, nous sommes incapables d'offrir aux visiteurs des «passeports» donnant accès à toutes les remontées d'une région, voire du pays entier. Et faire des offres groupées d'hôtels, d'excursions, d'activités de loisir? Cela marche partout, sauf chez les Helvètes. Aussi faut-il se féliciter de l'initiative des offices du tourisme, des remontées mécaniques et d'hôteliers d'Engadine, qui vont mettre à la disposition des touristes une «carte d'accès» appelée à devenir le moyen de paiement unique. A terme, parce qu'il reste bien entendu des commerçants récalcitrants. Avec cette innovation aux Grisons, on passe déjà du niveau du clocher à celui de la vallée. Progrès remarquable, qui n'a encore été réalisé nulle part ailleurs et surtout pas en Suisse romande. Expliquer, par exemple, aux Genevois et aux Lausannois qu'il serait plus aisé de «vendre» la région lémanique comme un tout s'est jusqu'à présent révélé un exercice vain pour Suisse Tourisme.