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Essential Consultants, la douteuse antichambre de l’administration Trump

Michael Cohen, l’avocat de Donald Trump, tient une officine qui apparaît comme donnant accès à la Maison-Blanche et qui offre ses services de lobbyisme, d’influence et d’informations. Novartis y a eu recours, tout en parlant désormais d’une «erreur»

Novartis n’est pas encore sortie de l’affaire liée aux versements effectués entre février 2017 et janvier 2018 à hauteur de 100 000 dollars par mois à Essential Consultants aux Etats-Unis. Ce bureau de conseil devait, selon la multinationale bâloise, lui livrer des informations sur l’orientation de la politique de santé de l’administration Trump. Mercredi, le directeur juridique de Novartis a démissionné. «Bien que le contrat ait été légalement en ordre, c’était une erreur», a déclaré Felix R. Ehrat, cité dans un communiqué du groupe.

Selon Novartis, l’affaire devrait être close. Mais des inconnues demeurent. Qui est derrière Essential Consultants? Comment fonctionne ce bureau de conseil? Quels ont été ses liens avec Novartis et d’autres grandes multinationales? Les questions sont d’autant plus pertinentes que ce bureau est sous enquête fédérale aux Etats-Unis. En Suisse aussi, le Ministère public de la Confédération (MPC) suit l’affaire de près et est en contact avec le bureau du procureur bâlois. «A ce stade, nous n’avons pas ouvert d’enquête criminelle», a déclaré le Ministère public mercredi au Temps. Berne ne dit toutefois pas si des contacts ont été établis avec la justice américaine.

Delaware, capitale des sociétés écrans

Essential Consultants est de création récente. C’est à la veille de l’élection présidentielle américaine, en 2016, que Michael Cohen, 51 ans, avocat principal du candidat Donald Trump, a fait enregistrer la société à Dover, capitale du Delaware. Le choix de cet Etat n’est pas un hasard; il est le haut lieu des sociétés-écrans aux Etats-Unis. Delaware protège le secret de fonction comme le secret bancaire. Ainsi l’acte de naissance d’Essential Consultants ne porte qu’un seul nom: celui de Michael Cohen.

Tout laisse comprendre que l’officine de Michael Cohen a joué le rôle d’antichambre donnant accès au candidat Trump, qui sera par la suite élu président des Etats-Unis. Quelques jours avant le scrutin, une première opération connue est menée; elle consiste à payer 130 000 dollars à Stephanie Clifford, alias la star du porno Stormy Daniels, en échange de son silence sur ses relations avec Donald Trump il y a une dizaine d’années.

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L’élection de Donald Trump est une bénédiction pour Essential Consultants. Les contrats pleuvent. La société facilitera le versement de 1,6 million de dollars de la part d’Elliott Broidy, un grand donateur républicain, à une ancienne playmate, enceinte. Mais ce sont surtout des entreprises qui ont recours aux services de Michael Cohen. Son offre consiste en lobbyisme, trafic d’influence, accès à de l’information privilégiée…

Pot aux roses

Parmi ces entreprises, AT&T, l’opérateur américain des télécoms, aurait déboursé 800 000 dollars entre octobre 2017 et janvier 2018. Celui-ci souhaite fusionner avec Time Warner, un projet auquel l’administration Trump est opposée. Lors de sa campagne électorale, Donald Trump s’était déjà exprimé contre la fusion.

Par ailleurs, Korea Aerospace Industries aurait payé 150 000 dollars; elle est en lice pour un contrat avec l’armée de l’air américaine. Les deux sociétés ont entre-temps regretté leur collaboration avec Essential Consultants et y ont mis fin. Et il y a Novartis.

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L'origine de l'enquête sur Michael Cohen

Le pot aux roses a été découvert dans le cadre de l’enquête sur l’influence russe lors de l’élection présidentielle, menée par le procureur spécial Robert Mueller. Selon une dépêche de l’AFP datée du 9 mai, Michael Cohen, dont le bureau a été perquisitionné en avril, s’est dit prêt à prendre une balle à la place du président. Quant au président lui-même, sa porte-parole a assuré la semaine passée que la Maison-Blanche n’était pas troublée par les révélations. «Je n’ai pas entendu le président exprimer des inquiétudes à ce sujet», s’est-elle défendue.


Novartis admet son «erreur»

Novartis a confirmé mercredi le départ à la retraite de Felix Erhat, son chef des affaires juridiques. Ce dernier a admis que le recours à la société de conseil fondée par Michael Cohen, l’avocat personnel du président américain, était «une erreur». Il quittera ses fonctions le 1er juin.

«En tant que cosignataire avec notre ancien directeur général Joseph Jimenez, j’assume personnellement la responsabilité de mettre un terme au débat public sur cette question», a-t-il ajouté.

En effet, dans un message interne au groupe, le directeur Vasant Narasimhan a tenu, déjà la semaine dernière, à faire ressortir qu’il n’était pas partie prenante à la décision de collaborer avec Essential Consultants. Il a pris ses fonctions en février dernier.

Felix Erhat sera remplacé par Shannon Thyme Klinger, responsable éthique, risque et conformité depuis 2016. Elle est aussi membre de la direction depuis 2016. AFP

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