Depuis le début de l'année, les performances des titres européens du secteur pharmaceutique se comparent défavorablement à celles des indices globaux. La sous-performance est significative puisqu'elle se monte à presque 14%. Ces dernières années, les entreprises pharmaceutiques nous avaient pourtant habitués à des rendements bien supérieurs à ceux des marchés. Comment expliquer cette sous-performance? Les fondamentaux de l'industrie se sont-ils modifiés? Est-il temps de revenir sur les valeurs pharmaceutiques? Ce sont les trois questions auxquelles nous allons essayer de répondre dans cet article.

1) Comment

expliquer cette sous-performance?

Une conjonction de deux facteurs principaux motive, à notre sens, la mauvaise fortune des valeurs du secteur. Premièrement, la «menace» d'un programme d'assistance destiné aux retraités et aux défavorisés est réapparue aux Etats-Unis. Ce programme permettrait à environ 38 millions d'individus de bénéficier de médicaments à moindres coûts impliquant de facto, pour les producteurs, des recettes moins élevées.

Deuxièmement, au courant des mois de mars et d'avril, les craintes d'une reprise économique mondiale synchronisée et d'un retour de l'inflation aux Etats-Unis ont conduit les investisseurs à réduire leurs avoirs dans les valeurs à ratio «cours/bénéfice» élevé – valeurs dites défensives ou de croissance, notamment les valeurs pharmaceutiques – au profit des valeurs cycliques. Ce mouvement a créé un excédent d'offre sur les titres du secteur, entraînant sa baisse.

2) Les fondamentaux de l'industrie pharmaceutique se sont-ils modifiés?

Clairement non. La démographie des pays industrialisés, principal facteur de croissance à long terme, reste et restera très favorable pour le secteur. Le vieillissement marqué de la population dans les pays industrialisés, l'arrivée dans la cinquantaine de la génération issue du baby-boom et l'augmentation continue de l'espérance de vie sont des arguments forts, prévisibles et non modifiables – exception faite d'une guerre ou d'une épidémie majeure – qui prônent en faveur d'une croissance soutenue et durable de la consommation de médicaments. Si l'on ajoute à cela une constante augmentation de la population mondiale, l'ouverture de nouveaux marchés, pour des raisons financières, politiques ou culturelles (le Japon vient d'accepter la commercialisation des contraceptifs oraux pour les femmes), nous pouvons affirmer que ce segment de l'économie mondiale va connaître un développement important dans les prochaines décennies. Une autre caractéristique de l'industrie pharmaceutique est la stabilité de la croissance au long du cycle économique. Intuitivement, on comprend facilement que la consommation de médicaments et de lits d'hôpitaux n'est pas affectée par le cycle économique. La quantité de grippes, d'otites ou de cancers, tout comme les médicaments et les soins qui les accompagnent ne dépendent pas de la conjoncture. Les ventes et donc les bénéfices des sociétés pharmaceutiques sont ainsi acycliques et hautement prévisibles.

3) Est-il temps de revenir sur les valeurs pharmaceutiques?

Oui, pour autant que la croissance économique mondiale ne reparte pas (comme nous le pensons à la Banque Edouard Constant) de manière synchronisée et violente. Les actions des sociétés pharmaceutiques représentent alors des opportunités d'investissement très intéressantes. Nous sommes donc d'avis qu'après un début d'année difficile, les performances du secteur se compareront à l'avenir, de manière beaucoup plus favorable. De plus, pour les investisseurs qui raisonnent sur le long terme, nous recommandons, indépendamment du timing, de surpondérer le secteur.

4) Quels titres choisir?

La pharmacie étant une industrie de produits, une sélection de sociétés dont le portefeuille de médicaments en développement est richement fourni et dont le nombre de brevets arrivant à échéance est limité doit être effectuée. D'autres facteurs sont également à prendre en compte comme l'accès aux nouvelles technologies (génétique, génomique), l'exposition au marché américain, l'importance de la force de vente, etc. Dans cette optique nous recommandons l'achat de Pharmacia et Upjohn, Rhône-Poulenc et Smithkline Beecham.

* Analyste financier, Banque Edouard Constant. Fgi©bec.ch