Les Etats-Unis comptent sur la Suissepour faire de l’apprentissage une priorité

Formation Johann Schneider-Ammann et la ministre américaine Penny Pritzker ont signé jeudi un accord de coopération

Un défi dans un pays peu familier du système dual

Pour l’administration de Barack Obama, l’apprentissage est devenu une priorité. Or l’Amérique est loin d’être imprégnée de la culture de la formation duale. C’est pour y remédier que la ministre américaine Penny Pritzker et le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann en charge de l’Economie ont signé jeudi, dans une salle voûtée du Département du commerce à Washington, une déclaration d’intention pour développer la coopération entre les deux pays en matière de formation professionnelle, d’apprentissage et de reconnaissance des diplômes.

«L’accès à une main-d’œuvre qualifiée est un facteur essentiel pour inciter les entreprises à investir aux Etats-Unis. J’ai rencontré plus de 1800 patrons. Ils m’ont tous dit la même chose. Nous avons besoin d’employés qualifiés. […] Il est donc important de formaliser notre coopération avec la Suisse sur une telle question», a relevé Penny Pritzker, qui a déjà conclu le même type d’accord avec l’Allemagne il y a peu. Les Etats-Unis comptent doubler le nombre de leurs apprentis au cours des cinq prochaines années et investir plus de 100 millions de dollars pour promouvoir le programme «Apprenticeship USA».

La signature du mémorandum est le résultat de nombreux échanges entre les deux pays. L’an dernier, Didier Burkhalter, alors président de la Confédération, s’était entretenu plus d’une heure avec le vice-président Joe Biden, abordant en particulier la question de la formation duale. Des délégations du Département américain du travail se sont rendues à plusieurs reprises en Suisse. En janvier de cette année, Johann Schneider-Ammann était dans la capitale américaine pour y rencontrer Penny Pritzker et le ministre du Travail Tom Perez afin de finaliser l’accord. Lors d’un dîner organisé mercredi à l’ambassade de Suisse auquel ont participé plusieurs élus du Congrès séduits par le système dual suisse, le ministre de l’Economie s’est dit fier du parcours professionnel de sa fille qui a elle-même accompli un apprentissage. «En France, avec une fille ayant un tel parcours, je n’aurais pas pu devenir ministre», a-t-il plaisanté pour souligner l’importance excessive donnée en France à la voie universitaire.

Vice-président de la filiale américaine de la société bernoise Daetwyler, installée à Huntersville, en Caroline du Nord, et spécialisée dans les machines de précision, Walter Siegenthaler connaît bien le marché de l’emploi outre-Atlantique. «En 1995, nous avons lancé un programme d’apprentissage pour une raison simple. Nous ne trouvions pas de personnel qualifié. Le défi était d’avoir une masse critique suffisante d’apprentis. Nous avons établi un partenariat avec six autres sociétés. Nous pouvons ainsi trouver des arrangements avec un community college (une structure entre l’école professionnelle et l’université) pour offrir à nos apprentis la formation théorique nécessaire.» L’investissement par apprenti est de 160 000 dollars pendant quatre ans, y compris le salaire. La difficulté, pour Daetwyler USA, fut de coordonner la politique des entreprises partenaires. «Nous avons dû nous accorder pour offrir les mêmes salaires aux apprentis et promettre de ne pas aller en chercher chez le partenaire», ajoute Walter Siegenthaler.

Dans le sillage de la signature du mémorandum, une trentaine de sociétés suisses implantées aux Etats-Unis ont manifesté leur volonté de contribuer à l’essor de l’apprentissage outre-Atlantique, en collaborant notamment avec des community colleges. C’est le cas de Nestlé, qui possède 25 sites de productions dans le pays et qui souhaite devenir le héraut de la formation duale dans un pays qui est peu familier d’un tel système. Zurich Insurance compte aussi apporter sa contribution au même titre que le groupe Bühler, qui a déjà profité du contexte économique particulier du Minnesota pour promouvoir l’apprentissage. D’autres sociétés comme Kudelski, Pilatus Aircraft, ABB, Firmenich, Givaudan, Schindler ou encore Holcim se sont engagées aussi à créer davantage de places d’apprentissage.

Pour l’Amérique, qui risque de souffrir de son manque de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur industriel, c’est un défi considérable. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, qui se félicite d’avoir désormais des contacts personnels avec ses homologues américains, en est conscient. Il distille ses conseils aux Américains: «Il sera possible d’obtenir un résultat concret seulement si le secteur privé joue le jeu. Je leur conseillerais de se focaliser sur deux ou trois régions où il y a déjà un savoir-faire et de montrer ensuite au reste du pays que ça marche.»

«Faute de main-d’œuvre qualifiée, nous avons commencé à former des apprentis en 1995»