Le numéro deux de la banque centrale américaine, Stanley Fischer, a affirmé dimanche que la Réserve fédérale (Fed) prévoyait une première hausse des taux d’intérêt avant la fin de l’année. Sans pour autant le promettre. Avant ces déclarations, les traders interrogés par Bloomberg n’étaient plus que 37% à parier sur une telle remontée des taux américains en 2015. Contre 77% il y a deux mois à peine.

Reste que la question aujourd’hui n’est plus de savoir si, mais quand interviendra cette première hausse depuis juin 2006. Or, ce resserrement de la politique monétaire des Etats-Unis, aussi faible et étendu dans le temps soit-il, ne manquera pas d’avoir des répercussions sur les marchés financiers. À commencer par celui de la dette. D’autant que si les taux d’intérêt sont restés au plancher ces dernières années, les dettes, elles, n’ont cessé d’augmenter.

La Banque des règlements internationaux (BRI) n’a pas manqué de le rappeler dans son rapport trimestriel publié à la mi-septembre: dans les pays développés, la dette (publique et privée) atteint désormais 265% du produit intérieur brut (PIB). Soit 35 points de base de plus qu’en 2007. Dans les pays émergents, la hausse est encore plus importante puisque la dette totale est passée de 117% à 167% du PIB.

Avec des taux d’intérêt américains voués à augmenter, certains s’inquiètent de voir le poids de la dette s’alourdir pour ceux qui ont emprunté en dollars. A commencer par les Etats-Unis, bien entendu, dont la dette publique devrait atteindre son plafond fixé à 18 100 milliards de dollars au début novembre et forcer ainsi le Congrès à le relever une fois encore.

François Savary, économiste indépendant, se veut toutefois rassurant. «Une hausse des taux de la Fed sera d’abord minime, explique-t-il, elle aura donc peu d’effet sur les taux longs. Ces derniers passeront peut-être par une phase d’ajustement et donc de volatilité à court terme. Mais cela devrait se stabiliser à un niveau bas, d’autant que les conditions économiques ne justifient pas des taux longs élevés.» Conséquence: ce dernier ne voit pas d’effet significatif à court terme sur le coût de la dette des Etats-Unis.

«Même si le montant de la dette est immense et qu’une petite hausse de taux peut avoir un effet important en chiffre absolu, il faut tenir compte d’un autre facteur, poursuit François Savary: le déficit public américain – qui représentait 10% du PIB en 2008-2009 – a largement diminué pour atteindre à 4% aujourd’hui.» Sans oublier, ajoute-t-il, que si les banques centrales ont cessé d’augmenter leurs rachats de dettes, elles n’ont pas complètement arrêté d’en acquérir: «Seul le rythme se stabilise.» Pour l’économiste, le Trésor américain pourra donc continuer de se refinancer à un niveau très avantageux.

Fabrizio Quirighetti partage cet avis. Selon le responsable des investissements de Syz, qui ne voit pas de risque de bombe à retardement sur le marché de la dette aujourd’hui, une hausse des taux de la Fed n’aura qu’un effet marginal sur le coût de la dette publique américaine. «Cette hausse ne concernera que les nouvelles dettes qui seront émises après la décision de la Fed, rappelle-t-il. C’est un peu comme si vous aviez une hypothèque à taux fixe à 10 ans et que l’on vous annonçait une hausse de taux, poursuit-il. Cela n’aurait que peu d’incidence sur votre situation.»

De plus, la hausse de la Fed concernant avant tout les taux à court terme, il suffira selon lui au gouvernement américain de se refinancer à plus long terme pour échapper à un fardeau trop important du service de sa dette. Enfin, Fabrizio Quirighetti précise que même si la Fed devait remonter ses taux de 25 points de base trois fois en 2016, et que les Etats-Unis devaient entièrement refinancer leur dette cette année-là, cela leur coûterait 0,75% de plus qu’aujourd’hui au budget. «Ce n’est pas comme si on nous annonçait des taux à 10%», précise-t-il.

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Pour François Savary, la question du poids de la dette pourrait toutefois redevenir un sérieux problème aux Etats-Unis à moyen terme. «Soit on croit que la croissance va s’accélérer et, dans ce cas, les taux vont remonter et le service de la dette augmenter. Soit, à l’inverse, on pense qu’une récession guette les Etats-Unis et, dans ce cas, la dette va mécaniquement monter puisqu’elle est calculée par rapport au PIB et la spirale de l’endettement pourra s’enclencher à nouveau», détaille-t-il. Dans les deux cas donc, selon lui, la taille de la dette posera problème. «Et lorsque l’on entend les propositions de certains candidats républicains [à l’investiture], qui souhaitent baisser les impôts des entreprises, on se demande s’ils ont compris le problème», conclut-il.

Le gouvernement américain n’est toutefois pas le seul à avoir profité de taux d’intérêt au plancher pour se refinancer en dollars ces dernières années. Dans son dernier rapport, la BRI a d’ailleurs placé les économies émergentes, déjà bien affectées par le ralentissement chinois et l’appréciation du dollar, «au cœur de ses préoccupations», notamment pour cette raison. Selon l’institution basée à Bâle, les emprunts en dollars y ont en effet plus que doublé depuis la faillite de Lehman Brothers pour s’inscrire à 3000 milliards de dollars fin mars 2015. Autant de créanciers qui doivent regarder attentivement ce qui se passera du côté de la Fed. Et qui ont déjà commencé à emprunter en euros plutôt qu’en dollars ces derniers temps, convaincus que la Banque centrale européenne, elle, maintiendra ses taux bas encore longtemps.