Le Liborgate éclabousse désormais les Etats-Unis. Des villes et Etats, des hedge funds et des fonds de pension se mobilisent pour dénoncer le scandale de manipulation du taux interbancaire Libor. Ils ont déjà déposé plusieurs plaintes devant la justice contre des dizaines de banques.

Vendredi, la Réserve fédérale de New York a publié des documents pour tenter de se disculper. Elle a certes montré qu’elle était déjà au courant en 2007 de la possible manipulation du taux Libor (London interbank offered rate) par certaines banques. Mais son président de l’époque, Timothy Geithner, actuel secrétaire américain au Trésor, avait fait six recommandations au gouverneur de la Banque d’Angleterre Mervyn King.

Dans un e-mail daté du 1er juin 2008, il écrivait: «Nous avons brièvement parlé à Bâle au sujet du régime Libor et vous avez dit que vous seriez favorable à des suggestions. J’ai joint une liste de recommandations. […] Nous vous serions reconnaissants de nous donner votre avis sur les changements qu’il est possible d’effectuer.» Deux jours plus tard, Mervyn King répond et juge les recommandations pertinentes. A l’époque, Timothy Geithner estimait nécessaire d’agir pour «renforcer la crédibilité du Libor» qui est la base sur laquelle reposent des centaines de milliards d’instruments financiers.

Les documents publiés vendredi par la Réserve fédérale de New York confirment que son ex-président s’est préoccupé du problème et a tenté d’agir. Mais ce qui n’est pas clair, ce sont les mesures qu’a prises ou non Timothy Geithner après cet échange d’e-mails pour mettre fin aux manipulations du Libor effectuées par les banques qui participent à en définir le taux. A la décharge de Timothy Geithner, l’Amérique se trouvait à ce moment au milieu de la crise financière. Quelques semaines avant que ce dernier ne participât, le 28 avril 2008, à une réunion consacrée à la correction du Libor, la banque d’investissement Bear Stearns s’effondrait.

Jeudi, plusieurs membres du Congrès ont ajouté une pression supplémentaire sur les épaules de Timothy Geithner dans une lettre exhortant le ministre de la Justice Eric Holder à mettre banquiers et régulateurs devant leurs responsabilités s’ils ont omis de mettre fin à «des actes illégaux dont ils avaient ou auraient dû avoir connaissance». Les républicains avaient déjà questionné un peu plus tôt l’implication de l’actuel secrétaire au Trésor dans le scandale du Libor que deux journalistes du Wall Street Journal, Carrick Mollenkamp et Mark Whitehouse, avaient déjà révélé en 2008 sans que personne n’y prête vraiment attention.

Du côté des collectivités publiques, la colère monte. Près de 75% des grandes villes d’Amérique empruntent de l’argent par le biais d’instruments financiers liés au Libor. Beaucoup pourraient avoir perdu des millions de dollars dans l’affaire. Baltimore, dans le Mary­land, mène la rébellion. Elle a déjà porté plainte, devant une cour fédérale de Manhattan, contre plusieurs banques. Parmi elles, plusieurs établissements américains et européens, mais aussi Credit Suisse et UBS. Le comté de Nassau, l’Etat du Massachusetts et le plus grand fonds de pension américain, California Public Employees’ Retirement System, font aussi le compte de leurs pertes au même titre que l’investisseur Charles Schwab.

Certains économistes avertissent déjà: il pourrait s’agir du scandale le plus coûteux pour Wall Street depuis la crise financière. Pour les victimes du scandale toutefois, les preuves juridiques seront difficiles à apporter.

Il pourrait s’agir du scandale le plus coûteux pour Wall Street depuis la crise financière