Bill Clinton devrait prendre dans les deux semaines une décision qui mettra fin à trois mois de brouilles entre les Etats-Unis et le Japon. Le président des Etats-Unis doit en effet se prononcer sur le rachat par NTT des 90% de la firme américaine Verio que le japonais ne possède pas encore. Voilà déjà plusieurs semaines que des responsables de NTT ainsi que des officiels américains dont des officiers du FBI (Federal Bureau of Investigation), le secrétaire d'Etat au Trésor Larry Summers et la ministre de la Justice Janet Reno négocient les termes de cette acquisition à 5,5 milliards de dollars.

C'est une situation peu courante au pays de la libre entreprise où le gouvernement se mêle rarement de transactions privées. L'affaire défraye même la chronique puisque les autorités ont évoqué des questions de sécurité nationale pour geler cette opération de rachat. Le FBI craint en effet que le gouvernement japonais, qui détient toujours 53% de NTT, n'espionne les Etats-Unis grâce à Verio. Cette compagnie du Colorado héberge 400 000 sites de sociétés. Surtout, le gouvernement américain semble redouter que les autorités japonaises puissent accéder à des enregistrements confidentiels qui peuvent être réalisés à l'occasion par le FBI sur des clients de Verio dans le cadre d'enquêtes sur le Net.

Faire pression sur NTT

La loi Exon-Florio, habituellement utilisée pour des transactions dans le domaine de la défense, permet aux autorités de bloquer une transaction pour des questions de sécurité nationale. C'est la première fois qu'elle est utilisée à l'occasion de l'acquisition d'une société Internet. Des compagnies de téléphones étrangères désireuses de pénétrer le marché américain ont toutefois elles aussi déjà dû obtenir ce feu vert des responsables américains de la sécurité publique.

L'affaire Verio fait grand bruit aux Etats-Unis, non seulement à cause du risque de refroidissement des relations commerciales entre les deux pays, mais aussi parce qu'elle démontre les barrières aux marchés qu'imposent les autorités américaines sous le prétexte d'une législation très restrictive sur les questions de sécurité nationale. Une position difficile à tenir puisque Washington a toujours soutenu les investissements transfrontaliers, notamment dans l'Internet, domaine où les sociétés les plus importantes sont américaines. Plusieurs parlementaires ont politisé l'affaire en affirmant que Bill Clinton devait refuser cette acquisition au risque sinon de voir des compagnies étrangères s'emparer de réseaux de télécommunications américains.

L'accord intervenu entre NTT et le FBI vendredi devrait toutefois autoriser l'incursion de NTT sur le sol américain. Les négociateurs nippons auraient lâché du lest: certaines activités au sein de Verio pourraient n'être exercées que par des citoyens américains tandis que d'autres devraient entrer au conseil. Reste que bon nombre d'observateurs ont spéculé sur le fait que Washington pouvait se servir de cette acquisition pour faire pression sur NTT. Les négociations entre la secrétaire d'Etat au Commerce Charlene Barshefsky et NTT en marge du sommet du G8 à Okinawa le mois dernier ont permis d'aboutir à un accord. L'opérateur devra baisser de 20% les frais d'interconnexion locale sur deux ans et de 50% ses tarifs pour l'accès à son réseau régional.

Mais les Etats-Unis pourraient être tentés de pousser un cran plus loin cette libéralisation. Il faut dire que NTT a exercé jusqu'ici un véritable monopole. Le marché local japonais est théoriquement ouvert depuis 1995 mais l'opérateur occupe seul le terrain ce qui lui permet, par exemple, de demander actuellement l'équivalent de 1250 francs pour l'ouverture d'une simple ligne téléphonique.