La réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales des pays du G7, qui s'est tenue ce week-end à Königswinter près de Bonn, a révélé d'importants désaccords entre les Etats-Unis et l'Europe. Ces divergences viennent s'ajouter à celles d'ordre politique, en particulier concernant la sécurité, qui se sont cristallisées depuis l'arrivée au pouvoir en Allemagne de Gerhard Schröder.

Les sept pays les plus industrialisés du monde ont constaté un ralentissement de la conjoncture mondiale et se sont livrés à des batailles d'arguments pour savoir qui devrait le plus contribuer à la relance. Oskar Lafontaine, ministre allemand des Finances, a indiqué que tout le monde souhaitait un soutien de la demande intérieure en Europe. La question pourtant, comme l'a relevé Hans Tietmeyer, président de la Bundesbank, est de savoir comment y arriver.

Robert Rubin, secrétaire d'Etat américain au Trésor, a sa recette: il plaide pour une ouverture des marchés des pays de la zone euro. Il prêche ainsi pour sa propre paroisse alors que les contentieux commerciaux (viande aux hormones, banane, acier) se multiplient entre son pays et l'Europe. Il est vrai que le déficit commercial américain avec l'Union européenne est en nette augmentation depuis le début de l'année 1998. Au cours du G7, Michel Camdessus, directeur général du FMI, a souligné que ces déséquilibres faisaient peser des menaces sur le système financier international.

Les Etats-Unis demandent également un assouplissement du marché du travail en Europe afin de stimuler les emplois à bas salaire et soutenir ainsi la croissance. Oskar Lafontaine a expliqué que les emplois à 620 marks, exemptés de charges fiscales et sociales, ne sont pas comptabilisés dans les statistiques allemandes du travail. Ainsi, les comparaisons avec les Etats-Unis sont à interpréter avec prudence.

Les responsables politiques américains et le ministre allemand pourraient pourtant se mettre d'accord sur un point: la politique monétaire. Ils verraient en effet d'un bon œil une baisse des taux européens. Les gouverneurs des banques centrales, qui ont compétence en la matière, y sont pourtant opposés. Le président de la Bundesbank a dit relayer les déclarations de Wim Duisenberg, président de la BCE, en expliquant que la politique monétaire européenne était actuellement «adaptée». Le gouverneur de la Banque de France a souligné que la zone euro avait baissé plus fortement ses taux que les Etats-Unis. «En valeur relative, le prix de l'argent a diminué de 25% dans la zone euro et de 14% aux Etats-Unis», a-t-il rappelé. Les Européens reprochent aux Américains de «détourner» leur épargne. «Si elle avait un taux d'épargne plus élevée, l'Amérique absorberait moins les ressources des Japonais et des Européens et l'effet dépressif de ce pompage n'existerait pas», a déclaré Dominique Strauss-Kahn.

Un autre point de discorde a été la question du contrôle des taux de change. L'Allemagne, la France et le Japon plaident pour des corridors tandis que les Etats-Unis s'y opposent fermement. «Nous avons eu une franche discussion sur différents points de vue», a reconnu Robert Rubin. La position adoptée dans le communiqué final reflète selon lui «la continuité des usages en cours». Selon ce texte, les pays du G7 «maintiendront une forte coopération afin de promouvoir la stabilité du système monétaire international.

Aussi séduisant que puisse paraître le concept de corridors de taux, il soulève pourtant de délicates questions. Les experts estiment que de telles bandes poussent les acteurs à tester la volonté des banques centrales. Dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Otmar Issing, chef économiste de la Banque centrale européenne, a rappelé l'attaque spéculative de George Soros sur la livre en 1992 alors que cette monnaie faisait partie du système monétaire européen. «Soros n'a pris aucun risque, seulement un pari, avec lequel il ne pouvait que gagner», explique Otmar Issing. Il estime ainsi que les bandes de fluctuation ne sont qu'une invitation à la spéculation.