Guerre commerciale

Les Etats-Unis et l’UE s’offrent un répit

Le président américain, Donald Trump, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont désamorcé la crise, mais sans pour autant résoudre les problèmes de fond. Tout au plus ont-ils signé un compromis qui fait baisser les tensions entre les alliés historiques

«Partenaires proches», «Nous sommes des alliés, pas des ennemis», «De toute évidence, les Etats-Unis et l’Europe s’aiment», «Un grand jour pour le libre-échange». Les mots n’ont pas manqué mercredi soir à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Donald Trump, président des Etats-Unis, pour marquer la fin des hostilités commerciales transatlantiques. Les deux hommes se sont rencontrés à Washington et sont parvenus à un compromis: suspension de la surtaxe annoncée sur les voitures importées aux Etats-Unis en échange d’achats massifs de soja et de gaz américains. L’accord de mercredi ouvre aussi la voie à des négociations transatlantiques de libre-échange pour les produits industriels. Décryptage.

Jean-Claude Juncker peut-il parler de mission accomplie?

A moins d’un revirement de la part du président américain, le sommet de mercredi a désamorcé la crise entre Bruxelles et Washington. Le président américain a accepté de suspendre son projet d’imposer un droit de douane supplémentaire de 20% sur les voitures importées. Une telle mesure aurait mis à mal l’industrie automobile allemande, qui compte 800 000 collaborateurs. Le président des Etats-Unis a aussi promis de voir la surtaxe américaine sur l’acier et l’aluminium européens.

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Trump peut-il se réjouir de l’accord?

Ces derniers jours, le président Trump faisait l’objet de beaucoup de critiques, non seulement de la part d’entreprises américaines mais aussi à l’intérieur même du Parti républicain à propos de sa politique commerciale. Il était aussi pris à partie à propos de ses récentes déclarations contradictoires sur sa rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine. Selon la presse américaine, l’accord de mercredi soir fait diversion et lui donne un répit.

L’automobile européenne est-elle sauvée?

Le projet américain de surtaxer les voitures importées est suspendu dans l’attente de trouver un compromis sur les tarifs douaniers sur l’ensemble des échanges de véhicules. Les Européens seraient prêts à aligner les droits de douane sur les voitures sur ceux en vigueur aux Etats-Unis. Mais ces derniers doivent aussi revoir les tarifs douaniers sur les véhicules utilitaires, qui sont plus élevés qu’en Europe. Momentanément, l’armistice signé mercredi permet de baisser les tensions en Europe. La question est toutefois loin d’être réglée, d’autant plus que si l’UE fait des concessions aux Etats-Unis, elle devra en faire à tous les autres Etats, selon les règles de l’OMC.

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Le gaz américain, une alternative au gaz russe?

L’on se souvient de l’attaque frontale du président Trump contre l’Allemagne lors de sa récente tournée européenne. «Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie, et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela? Ce n’est pas juste», avait-il grondé. La promesse de Jean-Claude Juncker d’acheter du gaz américain aurait de quoi apaiser la colère de Donald Trump. Reste à savoir si Berlin abandonnera le projet Nord Stream 2, qui doit permettre d’acheminer 55 milliards de mètres cubes de gaz par an de Russie en Allemagne, en passant sous la mer Baltique, pour un coût de 9,5 milliards d’euros.

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Toujours est-il qu’au niveau européen plusieurs terminaux gaziers sont en voie d’installation. Ces projets ont été approuvés il y a plusieurs années dans le cadre d’une stratégie visant à réduire la dépendance gazière de la Russie. Les exportateurs de gaz de schiste, dont les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial, peuvent se frotter les mains.

Plus de soja américain: pour qui?

L’Europe ne cultive pas de soja transgénique mais en importe beaucoup pour l’alimentation animale. Elle s’approvisionne en Amérique latine, mais aussi aux Etats-Unis. Le marché chinois du soja américain est désormais compromis du fait que Pékin y impose un droit de douane de 25%. La promesse de Jean-Claude Juncker d’acheter «beaucoup de soja américain» rend un service particulier à Donald Trump, qui est lui-même redevable à son électorat rural du Midwest.

La paix commerciale transatlantique est-elle acquise?

La volonté de supprimer tous les tarifs douaniers dans les échanges de produits industriels, exception faite de l’automobile, pourrait, si elle se concrétise, se traduire par un accord de libre-échange sur le modèle du Partenariat transatlantique sur le commerce et les investissements, plus connu sous son acronyme anglais, TTIP. Ce projet, qui était en cours de négociation, avait été torpillé par Donald Trump dès son arrivée à la Maison-Blanche.

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