L'économie américaine vient de traverser son pire déclin depuis 2001. Le produit intérieur brut (PIB) s'est contracté de 0,3% au 3e trimestre de l'année. Rien ne présage un redressement au prochain trimestre, ce qui signifie que les Etats-Unis viennent de mettre le premier pied dans la récession. Techniquement, une économie y est lorsque la croissance est négative durant deux trimestres consécutifs.

«Nous croyons que nous avons devant nous quelques mois difficiles», a reconnu Edward Lazear, le conseiller économique du président Bush, assurant que l'administration s'efforçait de ramener la croissance et la création d'emplois d'ici aux premiers mois de 2009.

Afghanistan et Irak

Selon le secrétariat au Commerce qui a publié les chiffres conjoncturels jeudi, le recul de l'activité économique est lié à la crise du crédit qui a affecté la consommation des ménages (-3,1%), la plus forte chute depuis 1980, et de l'investissement (-14,1%). Cette crise a poussé nombre d'Américains à reporter leurs gros achats.

Deux facteurs ont pourtant limité la casse. En premier, la bonne tenue des exportations. Même si celles-ci ont ralenti leur rythme de croissance, elles ont coïncidé avec le recul des importations. Résultat: le commerce extérieur a apporté 1,13 point de croissance au pays. Ensuite, l'engagement des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak génère de l'activité économique. Les dépenses liées au militaire ont progressé de 5,8%, apportant 1,15 point à la croissance.

La contraction de PIB au 3e trimestre est toutefois moins grave qu'avaient prévu les analystes. Mais pour les prochains mois, le pessimisme est de mise. «L'économie américaine se raccroche au soutien des exportations, lequel ne durera pas au 4e trimestre, explique un économiste américain cité par l'AFP. Le reste du monde ralentit, et la montée du dollar va freiner les exportations.» Il prédit un 4e trimestre «bien pire» avec une contraction du PIB de 2%.

Aux Etats-Unis, tous les regards sont décidément tournés vers le prochain trimestre, qui sera marqué par l'élection d'une nouvelle administration. La Maison-Blanche estime que les nombreuses mesures prises pour aider les banques et assurances en difficulté, ainsi que les mesures de relance, notamment la baisse d'impôts, devraient redonner un coup de fouet à l'activité économique.

Pour sa part, le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke a déclaré jeudi qu'il était prêt à aller aussi loin que possible pour stopper le déclin. Ses détracteurs estiment que la baisse du taux directeur d'un demi pour cent à 1%, décidée mercredi, n'allait pas donner l'impulsion voulue. «Mais ma porte reste ouverte pour réduire davantage les taux», a-t-il également déclaré. Dans ce contexte, des analystes n'excluent plus une nouvelle baisse d'ici à la fin de l'année.

Par ailleurs, la Réserve fédérale américaine veut assurer que l'économie mondiale maintient un certain dynamisme; il y va des exportations, moteur de la croissance américaine. Ainsi, elle vient de libérer 120 milliards de dollars en faveur de quatre pays (Brésil, Mexique, Corée du Sud et Singapour) pour y assurer de la liquidité.