L'économie américaine a créé 262 000 emplois hors agriculture en février, mais le taux de chômage est remonté de 5,2 à 5,4%, a indiqué vendredi le Département du travail à Washington. Les créations de postes sont supérieures aux attentes des économistes (225 000). Elles sont aussi deux fois plus élevées que ce qu'il faut, selon les estimations, pour accueillir les nouveaux arrivants sur le marché du travail. La hausse du taux de chômage a de quoi surprendre. Elle provient vraisemblablement de l'afflux plus rapide de nouveaux actifs, jeunes et immigrants, et de départs plus tardifs en retraite. «Au fond, c'est un bon signe, estime un gérant indépendant à Genève. Cela montre que les gens à la marge du marché du travail ont le sentiment qu'ils ont de meilleures chances de trouver un job.»

Les marchés financiers ont retenu cette interprétation bénigne: «Avec la confirmation que les créations d'emplois sont bien là, le marché des actions peut tourner à plein régime», a déclaré à l'agence Bloomberg Philippe Gijsels, stratège chez Fortis. Seul bémol, selon lui: le prix élevé du pétrole. En février, tous les secteurs de l'économie ont contribué à l'expansion du marché du travail, y compris l'industrie, soumise à une forte concurrence de la part des pays à bas salaire. Cela n'avait plus été le cas depuis août dernier. «Une reprise embrassant toute l'économie est plus solide. C'est positif», commente le gérant précité. Dans la journée, les actions américaines étaient résolument en hausse. L'indice S & P 500 progressait de 0,65%.

Sur les marchés obligataires, malmenés depuis deux semaines, la tension s'est également relâchée. Le rendement des bons à 10 ans du Trésor américain s'est replié de trois points de base à 4,35%. Les bonnes nouvelles sur la conjoncture font pourtant toujours craindre le retour de pressions inflationnistes, la bête noire des investisseurs en obligations.

Quatre facteurs ont pu contribuer à ce reflux des taux d'intérêt. Tout d'abord, la baisse des nouvelles inscriptions au chômage depuis plusieurs semaines avait laissé craindre une envolée des créations d'emplois bien au-delà des prévisions annoncées par les économistes et au-delà des niveaux jugés compatibles avec une croissance non inflationniste. Cela n'a pas été le cas. Ensuite, la révision à la baisse de la statistique de janvier a apporté un bémol au bon chiffre de février. Le Département du travail a corrigé de 146 000 à 132 000 son évaluation du mois dernier.

Par ailleurs, les statistiques sur l'évolution des salaires, également publiées vendredi, sont rassurantes. Sur douze mois, le salaire horaire moyen a progressé de 2,5%, un rythme raisonnable alors que l'inflation est de l'ordre de 2%. La hausse du taux de chômage, enfin, devrait préserver les entreprises contre les revendications salariales, source classique d'inflation. Globalement, les statistiques du marché de l'emploi demeurent compatibles avec la hausse progressive des taux directeurs que la Fed, la Banque centrale américaine, a entamée en juin dernier.