Soupçonné d’avoir dissimulé des violations des droits de l’homme pendant des années, le WWF a vu une partie de ses subventions coupée par les autorités des Etats-Unis. Le Département américain de l’intérieur n’a plus accordé d’aide financière à l’ONG basée à Gland (VD) depuis juin 2019, et tout nouveau versement est suspendu jusqu’à nouvel ordre, selon un rapport publié vendredi dernier par la Cour des comptes américaine.

L’interruption de financement porte sur 12 millions de dollars répartis entre le WWF et d’autres organisations de protection de la nature également concernées, selon Survival International, mouvement mondial pour les droits des peuples autochtones. Le budget de WWF International, qui compte 5200 employés à travers le monde, se montait en 2019 à environ 200 millions de dollars, selon le dernier rapport annuel de l’organisation.

Dans un article paru mardi, le quotidien alémanique Blick met également en évidence une note interne du ministère précité. Ce document daté du 18 septembre dernier a fuité la semaine dernière. Il mentionne que «des rapports internes du WWF obtenus par le ministère semblent corroborer de nombreuses allégations d’abus commis par des éco-gardes payés et/ou supervisés par le WWF». Ces rapports auraient été ignorés pendant des années par l’organisation.

Enquête au long cours

Ces mesures font suite à une enquête de BuzzFeed publiée début mars 2019. Le portail d’information américain révélait alors que le Fonds mondial pour la nature aurait financé des forces paramilitiaires en Asie et en Afrique. Certains de ces «éco-gardes» se seraient livrés à des exactions sur des braconniers et des populations locales. Il est ici question de viols, de torture et même d’un meurtre.

En réaction à ces accusations qualifiées de «graves», le WWF avait immédiatement annoncé la mise en place d’une cellule de crise internationale et l’ouverture d’une enquête externe, dirigée par l’ancienne haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Navi Pillay. Dix-neuf mois plus tard, les conclusions de ce travail ne sont toujours pas connues. Annoncées dans un premier temps pour début 2020, elles ont été reportées à plusieurs reprises. Il faudra attendre «au moins mi-octobre» pour qu’un rapport soit disponible, selon le secrétaire général de la commission d’enquête cité par le Blick. Le WWF indique, quant à lui, n’avoir aucune influence sur la durée de cette enquête.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à avoir limité leur soutien à l’ONG depuis les révélations de BuzzFeed. En mai dernier, l’Union européenne avait également suspendu une partie de ses financements au WWF «en raison de manquements au respect des droits humains» dans la création d’une aire protégée au Congo-Brazzaville.

Argument de campagne

La résurgence de cette affaire dans la presse alémanique coïncide avec le lancement de la campagne sur l’initiative dite «Multinationales responsables», soumise en votation le 29 novembre prochain. Hasard de calendrier ou non, elle donnera des arguments aux opposants au texte porté par un collectif de 80 ONG, dont le WWF. Ce dernier risque notamment d’être accusé de donner des leçons qu’il n’applique pas lui-même.

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Interrogé, le comité des initiants adopte une position claire: «En cas d’acceptation de notre projet, Le WWF International serait tenu de respecter les droits humains et les normes environnementales, et pourrait être tenu responsable en Suisse pour les éventuels dommages causés. Cette fondation basée à Gland est plus grande qu’une PME et serait donc concernée par l’initiative au même titre qu’une multinationale.» Cela serait aussi valable pour d’autres types d’organisations, comme la FIFA, par exemple.

Côté WWF Suisse, «on peut supposer qu’actuellement il y a un intérêt et une attention plus particulière sur ces thématiques qui sont quand même très pertinentes», indique une porte-parole. L’ONG ne se prononce par contre pas concernant une éventuelle instrumentalisation des accusations à son encontre pendant la campagne.