Après des années de lobbying, la Silicon Valley pensait avoir touché au but l’été dernier avec la création d’un «visa start-up». Depuis, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a changé la donne. Initialement prévue lundi 17 juillet, l’entrée en vigueur de ce nouveau permis de travail destiné aux entrepreneurs étrangers a ainsi officiellement été reportée par la nouvelle administration.

Si le projet n’est pas encore abandonné, il prendra, au mieux, de longs mois de retard, le temps de mener un «examen minutieux» des nouvelles règles, explique le Department of Homeland Security, le service de sécurité intérieure. Cependant le programme ne verra probablement jamais le jour.

Combler un vide juridique

Cette décision «va à l’encontre de l’objectif du président Trump de gagner la bataille internationale pour l’emploi, regrette Jeff Farrah, vice-président de la National Venture Capital Association. Nous devrions faciliter et non compliquer la tâche des entrepreneurs qui souhaitent rester aux Etats-Unis.»

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Actuellement, il n’existe aucun permis de travail pour les entrepreneurs étrangers. Les alternatives, comme le visa H-1B, représentent des processus complexes et coûteux, en particulier pour une société qui vient de se lancer. Le «visa start-up» devait venir combler ce vide juridique. Il aurait permis à des fondateurs d’entreprises de rester pour une durée maximale de cinq ans, sous condition de fonds levés auprès d’investisseurs, de chiffre d’affaires réalisé et d’emplois créés.

«Alors que les autres pays créent des environnements propices aux start-up en accueillant les immigrants, nous allons dans la mauvaise direction», regrette Steve Case, le cofondateur d’AOL. En l’absence de nouvelles règles, «nous allons continuer à perdre des entrepreneurs et des étudiants talentueux», redoute-t-il. Le Canada, la France, le Royaume-Uni ou encore l’Australie offrent en effet un visa aux créateurs d’entreprises innovantes.

Les immigrants, «des créateurs d’emplois»

La décision de l’administration Trump accroît les inquiétudes de la Silicon Valley, qui s’inquiète de perdre une partie de son leadership. «Sur les cinq dernières années, au moins la moitié des investissements les plus importants ont eu lieu en dehors des Etats-Unis», souligne Jeff Farrah. Pour les entrepreneurs, cela signifie qu’il existe désormais des alternatives crédibles, qui évitent de devoir se démener avec les services d’immigration américains.

Les dirigeants de la Silicon Valley ne manquent jamais de rappeler le rôle crucial joué par les immigrants, qu’ils soient ingénieurs informatiques ou entrepreneurs. Le sujet a d’ailleurs été abordé en juin, lors d’une rencontre à la Maison-Blanche avec Donald Trump. «Les statistiques sont sans appel: les entrepreneurs étrangers sont des créateurs d’emplois», assure Steve Case.

Selon une étude de la National Foundation for American Policy, plus de la moitié des groupes high-tech valant plus de 1 milliard de dollars comptent au moins un fondateur issu de l’immigration, comme Google, Tesla, YouTube ou encore Yahoo!. Cet organisme de recherche estime qu’un visa start-up permettrait de créer entre 1 et 3,2 millions d’emplois aux Etats-Unis en dix ans.

La menace pour la Silicon Valley pourrait encore s’accentuer. Donald Trump souhaite en effet réformer l’obtention des visas H-1B, les plus utilisés par les entreprises high-tech, car il estime qu’ils servent actuellement à embaucher de la main-d’œuvre bon marché. Des premières mesures ont déjà été annoncées pour limiter certains abus. A terme, c’est le quota actuel de 65 000 par an, déjà jugé insuffisant, qui pourrait bien être remis en cause.

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