«Nous sommes particulièrement pessimistes.» «Nous ne sommes pas certains de rester à Genève jusqu'à dimanche.» «Rien, mais rien nous fait penser qu'on aboutira à quelque chose.» Ils ont été assez nombreux, les ministres et autres délégués, à exprimer leurs doutes sur les résultats de la conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Celle-ci a commencé ses travaux jeudi et porte sur la libéralisation des marchés des produits agricoles et industriels.

En effet, et cela n'est pas une surprise, aucun progrès notable dans les négociations n'a été enregistré vendredi. Les négociations devaient se poursuivre jusque tard dans la nuit. La journée a été toutefois marquée par un revirement sans précédent: les Etats-Unis ont été mis sous pression maximale pour qu'ils abaissent les subventions accordées aux agriculteurs. Le Farm Bill prévoit une somme de 190 milliards de dollars sur dix ans.

C'est en maître négociateur que le commissaire européen Peter Mandelson a manœuvré le virage. Lui-même sous pression pour réduire les droits de douane qui protègent le marché européen, il s'est rapproché de la position du G20 (grands pays émergents) qui propose une baisse de 54% en moyenne. En contrepartie, Peter Mandelson a invité les Etats-Unis à agir sur le plan des subventions internes et à les ramener à environ 12 milliards de dollars par an.

La flexibilité européenne vient s'ajouter à l'engagement pris pour abolir les subventions à l'exportation d'ici à 2013. Cela a plu à l'ensemble des membres, qui ont alors tourné leur regard vers les Etats-Unis. Ces derniers se sont faits de nombreux «ennemis» ces derniers temps. Washington voudrait mettre en cause les clauses de Traitement spécial et différencié et de sauvegarde aux pays en développement, estimant qu'elles sont des mesures protectionnistes.

Pour le G20, dont plusieurs membres sont des agroexportateurs, les subventions américaines représentent de la concurrence déloyale. Ce sont les producteurs de coton d'Afrique qui sont vraisemblablement les plus fâchés contre les Etats-Unis. Selon eux, les subventions américaines sont la cause de leur misère: elles encouragent la surproduction, poussant les prix vers le bas. Un accord tacite avait été agréé pour traiter le coton en priorité à l'OMC. Mais pressé par ses propres producteurs de coton, Washington a changé d'avis. «Nous sommes proprement scandalisés par cette volte-face», a dénoncé Moudjaïdou Soumanou, ministre béninois du Commerce.

Les diplomates américains ont fait le gros dos face à cette «alliance» autour des Européens. Susan Schwab, représentante au Commerce, et Mike Johanns, secrétaire d'Etat à l'Agriculture, ont affirmé qu'ils ne céderaient pas.

L'ironie de l'histoire est qu'à la dernière conférence de l'OMC, en décembre 2005 à Hongkong, une grande alliance, alors contre l'UE, avait forcé Peter Mandelson à céder sur les aides à l'exportation.