En juillet, trois jours avant de prendre l'avion pour venir assister au Sommet du G7 à Gênes, le président américain George W. Bush s'était rendu au siège de la Banque mondiale, à Washington. A la grande surprise de nombreux observateurs, il avait alors demandé que la moitié du crédit octroyé aux pays les plus pauvres soit convertie en dons. Ce n'était pas du bluff. Non, ce n'était pas une perche lancée aux milliers de militants anti-mondialisation qui se dirigeaient vers la capitale de la Ligurie. Les Etats-Unis veulent tenir la promesse, voilà qui met les autres donateurs dans une situation confuse.

La proposition américaine est en effet au centre des débats qui ont commencé jeudi à Montreux où sont réunis les donateurs en vue de la 13e reconstitution du capital de l'Agence internationale de développement (AID), le guichet de la Banque mondiale qui prête à intérêt zéro aux pays ayant un pouvoir d'achat annuel par habitant de moins de 885 dollars, et qui ne peuvent pas accéder aux marchés des capitaux. L'opération est reconduite tous les trois ans. Le précédent financement, l'AID-12 (1999-2002), représentait près de 30 milliards de francs suisses et comprenait, comme toujours, des dons (60%) et les remboursements des prêts accordés (40%). Cette manne finance les nombreux projets de développement dans 76 pays. La Banque mondiale ne cesse de défendre ce guichet, en soutenant que trois milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour et 1,3 milliard avec moins d'un dollar.

Pour la Suisse, l'AID est l'un des majeurs instruments multilatéraux d'aide aux pays en développement. Elle a mis 2,5% du capital à la dernière reconstitution, soit 420 millions de francs. Les bailleurs des fonds estiment que l'AID-13 devrait être plus importante, notamment à cause du ralentissement économique, aggravé par les effets du 11 septembre. La rencontre de Montreux, une initiative de Berne, est la quatrième tentative de boucler l'exercice mais rien indique qu'elle sera concluante.

La Suisse et l'UE proposent 10%

«La nouvelle administration américaine a l'impression que l'aide au développement n'est pas très efficace et exige une évaluation des activités de la Banque mondiale, explique l'ambassadeur Oscar Knapp, délégué du Conseil fédéral aux Accords commerciaux et chef du centre de prestation «Développement et Transition» au sein du Secrétariat d'Etat à l'Economie (SECO). Elle estime que la pauvreté dans le monde devrait diminuer plus vite et que les «bons élèves» qui produisent des résultats, doivent être mieux desservis.»

La Suisse se retrouve parmi les donateurs qui refusent la stratégie américaine. «En accordant des prêts, l'AID s'autofinance en partie et sans cet autofinancement, elle sera totalement dépendante des donateurs, surtout des grands», fait remarquer l'ambassadeur Knapp. Il estime par ailleurs que la proposition américaine favoriserait les pays émergents qui «réussissent» et pénaliserait les plus pauvres qui ne pourraient pas produire de résultats à court terme. «Il ne faut pas confondre les agences de développement de l'ONU, comme le PNUD, qui font des dons, et la Banque mondiale, dont le rôle est de prêter de l'argent à des conditions avantageuses, affirme-t-il. La Suisse, à l'instar de l'Union européenne, sera prête à convertir une partie des prêts en dons, mais elle ne devrait pas dépasser les 10%.