«Une réforme complète. Pas un modeste ajustement à la marge, mais de nouvelles règles du jeu.» Dans un discours long comme trois pages pleines du Temps, Tim Geithner a détaillé jeudi un vaste plan de refonte de la «régulation financière». Le secrétaire au Trésor américain, qui s’exprimait devant la Commission des finances des Représentants, vise quatre objectifs. Maîtriser le risque systémique, tout d’abord, pour éviter que des faillites comme celle de la banque Lehman Brothers ou celle, évitée grâce aux fonds publics, de l’assureur AIG ne mettent en péril le système financier. Il souhaite la mise en place d’un régulateur spécial unique.

Protéger les consommateurs et les investisseurs, ensuite. Tim Geithner ne veut pas d’une nouvelle affaire Madoff. Puis, il souhaite réorganiser la structure de surveillance des acteurs financiers, en fonction des activités qu’ils mènent et non plus selon leur forme juridique.

Enfin, le secrétaire au Trésor appelle à davantage de coordination internationale. Il a en outre annoncé le lancement d’une nouvelle initiative contre les «paradis fiscaux». Tim Geithner a précisé que cette coopération accrue figurera «au centre de l’agenda» de la réunion du G20 à Londres.

Ses annonces ont pesé sous le cours des titres bancaires, mais pas suffisamment pour faire virer au rouge les indices boursiers. Son plan suit celui présentée lundi dernier concernant le soutien aux banques. Ce dernier avait alors fait bondir les marchés d’actions.

Le durcissement des règles du jeu de la finance intervient par ailleurs une semaine après ce que certains avaient qualifié de «chasse aux sorcières» contre les banquiers. Furieux que des bonus aient été versés à des cadres d’AIG, les Représentants avaient adopté un impôt visant à taxer 90% de ces gains.

Pour Cédric Tille, ancien collaborateur de la Fed de New York, et professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, les réformes Geithner vont dans le bon sens. Il approuve en particulier l’idée d’une autorité de surveillance unique. Aujourd’hui, «chaque régulateur, SEC, Fed ou Trésor ne voit qu’une pièce du puzzle». Tim Geithner reprend ce que vient de faire la Suisse avec la Finma, mais avec «beaucoup plus de moyens», poursuit Cédric Tille. Selon lui, les Américains s’inspirent de la Financial Services Authority (FSA) britannique. Cette approche n’est toutefois pas parfaite, relève-t-il, puisqu’elle n’a pas empêché la faillite de Northern Rock.

Pragmatisme

Tim Geithner met en évidence la mondialisation de la finance, mais pas de sa surveillance. «Il sait que le Congrès n’acceptera jamais un gendarme supranational. Sa position reflète donc son pragmatisme», poursuit Cédric Tille, qui voit les autorités financières «fonctionner [à l’avenir] comme le font déjà les banques centrales qui s’échangent beaucoup d’informations de manière informelle.»