Au cœur des marchés

Eternel Mexique: un exemple à suivre

On connaissait la célèbre «armée mexicaine» (cinquante généraux pour un soldat) et la non moins fameuse sieste mexicaine (censée durer des heures). Comme nouvel exemple de l’extrême, il va falloir rajouter à ces clichés l’obligation mexicaine, celle qui dure une éternité, ou presque

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Eternel Mexique: un exemple à suivre

On connaissait la célèbre «armée mexicaine» (cinquante généraux pour un soldat) et la non moins fameuse sieste mexicaine (censée durer des heures). Comme nouvel exemple de l’extrême, il va falloir rajouter à ces clichés l’obligation mexicaine, celle qui dure une éternité, ou presque.

En effet, le gouvernement mexicain a émis, il y a deux semaines, sa troisième obligation avec une durée de cent ans. La première était libellée en dollars. La deuxième en livres sterling. Cette nouvelle obligation l’est en euros. Rien que cela déjà interpelle.

Vingt ans après que le Mexique eut été sauvé, durant la crise Tequila, grâce à un prêt de 50 milliards de dollars octroyé par les Etats-Unis, voilà qu’à présent il arrive à emprunter en devises fortes avec des échéances extrêmes et à des taux très attractifs. Ainsi, l’obligation en euros s’est vendue avec un rendement de seulement 4%.

Quel est le risque pour le Mexique? En empruntant dans une devise différente de la sienne pour profiter de taux plus bas que les siens, le Mexique se voit confronté à une probabilité non négligeable: son peso pourrait se déprécier par rapport à la monnaie dans laquelle il emprunte. Ce qui rend le service de la dette exprimé en monnaie locale plus cher que ce qui était anticipé. C’est la dévaluation abrupte du peso en 1994 qui, à l’époque, avait précipité le Mexique dans la crise.

Cependant, le Mexique d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a vingt ans. Fermement embarqué dans des réformes structurelles, assis sur des réserves immenses de pétrole et de gaz de schiste, il pourrait bien, ces prochaines années, combler son retard par rapport aux pays plus développés.

L’histoire nous apprend que les pays émergents en rattrapage voient leurs monnaies s’apprécier par rapport aux nations industrialisées. Imaginons la perte de valeur exprimée en Deutsche Mark qu’un emprunt allemand de 1950 émis en dollars aurait aujourd’hui. Ou celle exprimée en dollars d’un emprunt américain émis en livres sterling en 1900.

A mon avis, ce n’est donc pas l’emprunteur qui prend ici le plus grand risque, mais bien le prêteur. Il y a cent ans, la Première Guerre mondiale battait son plein, suivie d’autres événements extrêmes tels que la Grande Dépression, la Deuxième Guerre mondiale ou l’inflation des années 1970.

Que se passera-t-il d’ici à cent ans? Sans compter que l’euro se débat depuis maintenant près de cinq ans dans des problèmes existentiels. Qui ose sérieusement parier que la monnaie unique sera encore là en 2115?

Comme le Mexique n’a eu aucune difficulté à placer son emprunt, il faut conclure qu’il y a actuellement une demande pour ce genre de papier. C’est pourquoi on peut recommander aux Etats de suivre l’exemple du Mexique. S’il y a des créditeurs suffisamment inconscients pour prêter à de telles échéances, les gouvernements devraient en profiter pour verrouiller à jamais des taux d’intérêt bas pour l’éternité.

* Chef économiste, UBS Wealth Management

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