Kweku Adoboli, le trader qui a fait perdre près de 2 milliards à UBS, les a fait connaître du grand public. Mais l’emballement des investisseurs pour les produits appelés «ETF» – pour «exchange traded funds» ou fonds de placement cotés – remonte bien plus loin que les ­mésaventures de ce banquier londonien.

Entre 2000 et octobre 2011, les fonds placés dans ces produits supposés pour la plupart reproduire la performance d’un indice sont passés de 74 à 1386,1 milliards de dollars, selon l’Association européenne des banques (EBA). Selon le leader du domaine, BlackRock, le nombre d’ETF cotés en Europe a même dépassé leur nombre aux Etats-Unis. La Suisse aussi, où sont coté 780 de ces produits, a été touchée par le «phénomène ETF».

Le succès s’explique notamment par le coût plus faible des ETF par rapport aux fonds de placement traditionnels. Mais la croissance exponentielle s’est aussi «accompagnée par une complexification des structures et des possibilités d’investissement», souligne Morning­star, spécialisé dans les classements de fonds de placement, dans un rapport. A tel point que régulateurs et observateurs de ces marchés ont commencé à s’inquiéter de la place que prenaient ces nouveaux produits et à se pencher sur des mesures réglementaires plus strictes.

Manque de classification

Les ETF sont réglementés comme des fonds de placement traditionnels. Le terme est parfois galvaudé et confondu avec des produits structurés cotés en bourse (ETP ou ETC, pour «commodities »). «Tout le monde veut s’associer au terme ETF, mais c’est seulement un terme légal qui signifie que c’est un fonds, contrairement aux ETP ou aux ETC», explique Stephan Müller, spécialiste pour le segment d’ETF chez Swiss & Global et président de la commission d’experts «ETF» de la Swiss Funds Association SFA. Du coup, l’investisseur ne sait pas forcément ce qu’il achète et les droits qu’il pourra faire valoir en cas de pertes ou de faillite.

Autre dimension, il n’y a pas de différenciation sur le plan réglementaire entre les ETF dits «traditionnels», qui reproduisent la performance d’un indice en achetant les valeurs qui le composent, et les ETF dits «synthétiques». Ces derniers ne détiennent pas les actifs mais utilisent des «swaps» (contrat d’échange de flux financiers entre deux parties) pour reproduire la performance de l’indice et détiennent des collatéraux pour garantir le placement. «La réglementation est la même, alors qu’il existe des risques supplémentaires avec les ETF synthétiques, notamment sur la qualité des contreparties», explique Olivier Scaillet, professeur à l’Institut de recherche en finance (GFRI) de l’Université de Genève et au Swiss Finance Institute. Il estime qu’il y a peut-être un effet de «recyclage d’actifs toxiques que les banques ont pu parquer». Dans ce sens, il faut que les fournisseurs de ces produits fassent des efforts de transparence, poursuit-il. «Il faut connaître le collatéral, les contreparties, les garanties associées aux produits.»

Risque systémique

La Banque d’Angleterre a souligné, dans son rapport du Financial Stability Board d’avril dernier, que la croissance rapide des ETF caractérisée par une complexité, une opacité et une interconnectivité croissantes, est devenu un exemple de produits qui peuvent amplifier et propager le stress à travers les marchés.

Pour Stephan Müller, la focalisation sur ces produits est exagérée. «Tous les instruments financiers qui utilisent des constructions synthétiques créent des risques systémiques. Il faut réfléchir à cette problématique de manière globale.»

Dans ses formes les plus complexes, l’ETF synthétique peut donner l’impression d’être une boîte noire. Même les acteurs du secteur le reconnaissent, il faut davantage de transparence. Les propositions des régulateurs se dirigent d’ailleurs dans ce sens. «Il faut réglementer la déclaration des risques. Tout ce qui n’est pas visible au premier coup d’œil soit parce que c’est lié au marché, qui peut être illiquide, soit aux instruments utilisés», explique Stephan Müller.

La situation en Suisse

Pour Olivier Scaillet, les ETF restent adaptés aux petits investisseurs, à condition que les informations soient clairement visibles. «En Suisse, on peut acheter une option «put» à UBS sur un actif quelconque qui comporte un risque de contrepartie et un effet de levier. Des produits structurés vendus à des petits investisseurs sont bien plus risqués qu’un ETF que l’on achète pour détenir un indice actions pendant une longue période», assure-t-il.

Ces développements ont conduit les régulateurs à se pencher sur les ETF. L’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV ou IOSCO en anglais) a notamment proposé une série de principes à suivre pour l’industrie. «L’Australie vient de décider de les appliquer. Il est probable que cela se généralise rapidement», juge Olivier Scaillet.

Et en Suisse? La Finma ne répond pas à des questions précises. «L’autorité de surveillance étudie de manière très approfondie les diverses questions se posant dans le domaine des ETF et dialogue avec l’industrie», explique Stephan Müller. Un point d’interrogation reste en fonction du contenu de la loi des sur les placements collectifs de capitaux, actuellement en révision. La formule adoptée rendra peut-être plus difficile la distribution des ETF.