La responsabilité des administrateurs et des dirigeants de société constitue ces jours l'actualité économique helvétique. Les remous concernant SAirGroup, la Société Générale de Surveillance et la Banque Cantonale de Genève semblent effectivement se faire écho.

Dans cette période mouvementée, les investisseurs peuvent-ils imposer des garde-fous et influencer la gestion des entreprises? C'est l'un des thèmes abordés lundi par la Fondation ethos lors d'une conférence de presse intitulée «permettre un exercice responsable des droits de vote d'actionnaire», et concrétisé par la publication de deux ouvrages.

Fondée en février 1997, la fondation d'investissement ethos a pour but de gérer la fortune des caisses de pension avec des critères de développement durable. A ce jour, elle compte 88 membres et gère plus de 850 millions de francs, sous forme d'actions helvétiques et internationales, ainsi que d'obligations.

Les caisses suisses détiennent environ 10% de la capitalisation boursière de notre pays, avec une proportion en actions en augmentation régulière. Fort de ce constat, doublé de l'impossibilité pour ces investisseurs de se retirer de façon massive et rapide, les dirigeants d'ethos estiment que la manière la plus pragmatique pour influencer la gestion des entreprises doit être «un exercice responsable et systématique des droits de vote d'actionnaire».

Dans cette optique, la fondation vient d'éditer un ouvrage regroupant les «codes de bonne pratique en matière de gouvernement d'entreprise». L'un des objectifs principaux constitue la mise en place d'un cadre permettant une gestion saine d'une société commerciale. Suite au processus de dérégulation de l'économie, les managers se retrouvent en effet de plus en plus sans contrôle externe efficace.

La promotion d'administrateurs actifs, indépendants, compétents et disponibles fait partie des chevaux de bataille d'ethos. Un fait récent illustre le manque de disponibilité des concernés. Le président de SAirGroup n'a en effet pu agender une réunion du conseil d'administration avant un intervalle de trois semaines, alors que le transporteur aérien se trouve au creux de la vague. Le manque de respect des conditions précitées empêche donc le fonctionnement efficient d'une entreprise.

L'ensemble de recommandations du recueil devrait donc permettre de lier les intérêts divers des managers, actionnaires et autres parties prenantes (employés, clients...) d'une entreprise. Il va à l'encontre de la démarche adoptée, par exemple, par le financier Martin Ebner, visant uniquement à la valorisation de l'actionnariat.

Afin de traduire concrètement cette philosophie de travail, la fondation a fait paraître des «lignes directrices de vote» à l'intention des actionnaires appelés à se prononcer lors d'assemblées générales. Ce document, unique en Europe, présente de manière précise comment ethos définit ses positions de vote concernant les thèmes habituellement abordés, tels que l'élection des membres du conseil d'administration, l'adoption de plan de rémunération du style stock-options, les modifications de la structure du capital, les fusions-acquisitions...

Sensibilité sociale

L'ensemble de la démarche met en lumière la sensibilité environnementale et sociale des promoteurs. La fondation publie d'ailleurs ses positions de vote sur Internet pour les assemblées d'actionnaires à venir. Pour Dominique Bidermann, directeur d'ethos, «ces positions doivent donner des signaux clairs aux marchés financiers et responsabiliser les dirigeants». Pour lui, dans cette optique, «le droit de vote n'est pas qu'un droit, mais aussi un devoir».