Etienne Jornod réapparaît à Genève. Quelques mois après avoir quitté la présidence de Vifor Pharma, le Neuchâtelois confirme qu’il n’a rien perdu de ses ambitions entrepreneuriales. Avec une poignée d’investisseurs rassemblés sous la bannière d’Optimus Holding, l’actuel président de la NZZ annonce ce vendredi le rachat d’OM Pharma, basée à côté de l’aéroport de Genève, pour 435 millions de francs. Le vendeur n’est autre que… Vifor Pharma.

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L’entreprise compte 400 employés (pour des ventes qui devraient avoisiner les 160 millions de francs en 2020) et est présentée sur son site internet comme le «leader dans la prévention des infections respiratoires et urinaires». Etienne Jornod promet de préserver tous les emplois (y compris la direction, qu’il a lui-même supervisée ces dernières années), d’engager 20 personnes à court terme et d’injecter quelque 250 millions de francs dans cette entreprise. En outre, durant les sept prochaines années, tous les profits seront réinjectés dans la société.

Des actions pour les employés

Etienne Jornod, qui sera le président exécutif de l’entreprise, a monté une holding baptisée Optimus pour réaliser cette opération. Elle est composée d’un partenaire stratégique, Nezih Barut, entrepreneur turc avec lequel Etienne Jornod a travaillé ces trente dernières années et qui détient 28,5% de la nouvelle société.

On y trouve également quatre hommes d’affaires suisses: Matthias Reinhart (fondateur de VZ Holding), Felix R. Ehrat (ex-Novartis, Geberit), This Schneider (président exécutif de Forbo) et Fritz Hirsbrunner (ancien directeur financier de Galenica). Optimus Holding détiendra 100% des actions d’OM Pharma mais une partie du capital (représentant environ 15 millions de francs) sera mise à disposition des employés intéressés à devenir actionnaires.

OM Pharma a été créée en 1937 par la famille Ricard qui l’a développée jusqu’à son rachat par Galenica en 2009, au moment où cette entreprise dirigée par Etienne Jornod constituait un pôle pharma. Alors que Galenica se scindait en deux (la chaîne de pharmacie d’un côté, la pharma de l’autre), Etienne Jornod n’a pas véritablement réussi à intégrer OM Pharma dans la stratégie de Vifor Pharma, alors plutôt tournée vers les injections de fer et la néphrologie.

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Extensions géographiques

«OM n’appartenait pas à cette stratégie, estime aujourd’hui Etienne Jornod. Je considérais cette société comme une plateforme dans laquelle nous devrions investir pour en faire une seconde success story. Mais nous ne pouvions pas tout faire en même temps car nos ressources étaient très limitées, d’une part, et, d’autre part, le succès de Vifor ne nous laissait pas de temps pour développer OM.»

Plusieurs propositions de rachat d’OM Pharma sont arrivées au conseil d’administration de Vifor Pharma ces dernières années. «Je les ai toutes refusées parce qu’elles n’étaient pas adaptées et le conseil m’a soutenu», note Etienne Jornod. Une fois qu’il a eu quitté la présidence de Vifor Pharma, il a alors participé à ce processus d’offre avec son ami Nezih Barut pour faire la «meilleure offre d’achat possible» à son ancienne entreprise, qui a été acceptée.

Les projets passeront notamment par une extension d’OM Pharma sur les marchés chinois et américain, qu’elle vise depuis longtemps. Elle se concentrera sur les solutions de défenses immunologiques, notamment pulmonaires.

Vendredi, la banque Vontobel qualifiait le prix de vente «d’attractif» et jugeait que ce désinvestissement permettra à Vifor Pharma de se «concentrer sur son pipeline de produit». A la bourse suisse, l’action Vifor Pharma a gagné vendredi 2,86%, tandis que son indice de référence, le SLI, a fait du surplace (+0,02%).