Médias

Etienne Jornod: «Jamais la direction de la NZZ n’a été aussi unie»

Le groupe de médias zurichois vient de perdre son directeur, l’Autrichien Veit Dengler, et sa responsable des médias électroniques, Caroline Thoma. Le président du conseil d’administration, Etienne Jornod, présente ses nouvelles priorités stratégiques

Le président de la direction de la NZZ, Veit Dengler, vient de quitter l’entreprise en raison d’un désaccord avec le conseil d’administration. Cette semaine, c’est Caroline Thoma, la responsable des médias électroniques, qui a démissionné du média zurichois.

A lire aussi: Etienne Jornod: «La NZZ ressemble à Galenica il y a vingt ans»

Que se passe-t-il au sein du journal suisse de référence? Les rumeurs abondent. Dans une interview au site spécialisé Persoenlich, Veit Dengler se félicite du chemin accompli et du fait que le rendement des fonds propres soit revenu au niveau de 2012. Mais quel sera le profil de son successeur? Existe-t-il des conflits internes? Etienne Jornod, président du conseil d’administration, répond au Temps.

Le Temps: Pourquoi vous êtes-vous séparés en peu de temps du président de la direction et de la responsable des médias électroniques?

Etienne Jornod: Le conseil d’administration n’est pas à l’origine du départ de Caroline Thoma. Rien ne lie les deux décisions. Je réponds par contre volontiers sur les raisons qui ont conduit à une séparation entre le conseil d’administration et Veit Dengler.

– Veit Dengler affirme, auprès de «Persoenlich.com», que la raison de son départ porte sur l’établissement des priorités. Est-ce que la mise en œuvre de la stratégie numérique au sein du groupe NZZ est trop lente?

– Je vous expliquerai ce que nous avons accompli à ce jour et ce que nous projetons de faire. Le groupe NZZ était une entreprise de médias complètement différente. En 2013, nous avons défini nos objectifs stratégiques. Nous voulions orienter beaucoup plus l’entreprise sur les opportunités offertes par les nouvelles technologies. C’est la raison pour laquelle nous sommes allés chercher Veit Dengler, puisqu’il vient de ce monde-là. Notre position actuelle est totalement différente d’il y a quatre ans. Nous avons accompli d’énormes progrès sur la voie numérique et notre culture d’entreprise est très différente. Nous nous concentrons sur un journalisme de qualité et nous savons exactement vers quel but nous nous dirigeons.

– Quelle a été la contribution de Veit Dengler?

– Veit Dengler a été incontestablement un facteur de succès. Il nous a aidés à concrétiser notre vision et il l’a fait d’excellente façon. Il est allé chercher précisément les talents nécessaires à la mise en œuvre de notre stratégie. La composition de la direction est exactement celle dont nous devons disposer. Elle sait parfaitement où elle va et ce qu’elle doit faire.

– Quel sera le rôle de son successeur?

– Le prochain président de la direction devra mettre en œuvre les projets et les innovations qui ont été initiés, établira les priorités et poursuivra leur développement. Il travaillera dans tous les domaines en étroite collaboration avec la direction. Les défis sont majeurs. L’entreprise doit continuer de se transformer en se concentrant sur le travail rédactionnel. Les mots clés à citer ici sont technologie, numérisation, innovation, narration. Les défis des quatre dernières années ne sont pas identiques à ceux des quatre prochaines.

– Est-ce que vous allez davantage vous orienter vers du contenu vidéo, des newsletters, une production plus rapide de nouvelles sur le site en ligne?

– Tous les produits que vous citez sont importants pour le succès de la NZZ. Mais ce n’est pas nouveau. Nous avons beaucoup changé dans tous ces domaines et nous avons lancé d’importantes initiatives. Nous continuerons de les mettre en œuvre comme prévu.

– Les pertes enregistrées en Autriche sont-elles trop élevées et nécessitent-elles une restructuration?

– La question ne se pose plus. Nous avons déjà mis un terme à Nzz.at à la fin d'avril. Nous avons beaucoup appris avec ce projet. L’échec fait partie du processus d’innovation. Nous devons apprendre à l’accepter. L’important consiste à tirer les enseignements de nos échecs. Nous projets actuels et futurs en profiteront.

– Le départ de Veit Dengler est-il lié, comme l’indique le Klein Report, à la multiplication de postes de cadres confiés à des personnalités venant d’Autriche?

– C’est de la foutaise.

– Est-ce que vous enregistrerez une perte cette année?

– Certainement pas. Le groupe NZZ est profitable et le restera.

– Si l’origine des mutations à la direction n’est pas liée aux résultats, faut-il en déduire l’existence de conflits internes à la direction?

– Au contraire! Je viens de participer à une retraite avec la direction de l’entreprise, soit 60 cadres supérieurs, à Ittingen. Il s’agissait de parler de sujets sérieux tels que, par exemple, la façon de compenser le recul de la publicité sur le marché des journaux. L’ambiance était excellente, ouverte et constructive. Tous les cadres étaient très satisfaits et m’ont affirmé que jamais la direction de l’entreprise n’avait été aussi unie et forte qu’aujourd’hui.

– Est-ce que la question de l’indépendance de l’entreprise se pose?

– Certainement pas. L’indépendance et la qualité de notre offre éditoriale sont au cœur de notre stratégie. Cela figure au sein de nos statuts. Si je le dis, ce n’est pas seulement pour le conseil d’administration. La direction est également convaincue de la voie à suivre.

Publicité