Au cœur des marchés

Etonnant métal jaune!

Il est peut-être sage d’envisager un objectif de 1400 dollars pour l’once d’or, surtout si le dollar poursuit sa dégringolade

On s’était habitué à l’évolution latérale du métal jaune entre janvier 2017 et la mi-août, dans des marges relativement étroites de 1200-1300 dollars l’once. Cette «léthargie» des cours avait d’ailleurs conduit certains investisseurs à réduire leur position, considérant que les conditions économiques et financières n’étaient plus propices à la détention de la relique barbare.

L’accumulation de chiffres économiques plus favorables depuis quelques trimestres semblait confirmer le caractère durable de la reprise mondiale, tandis qu’une inflation inférieure aux objectifs des banquiers centraux confirmait l’absence de risque d’un dérapage des prix.

En d’autres termes, le retour du scénario de «Goldilocks» pour la conjoncture mondiale (l’économie progresse à un bon rythme, mais sans surchauffe, ndlr) constituait un développement peu favorable pour l’or, dont le statut de valeur refuge apparaissait moins attractif. Corollaire des évolutions observées sur les cours aurifères, les actifs risqués restaient largement privilégiés par les investisseurs.

Accélération soudaine

Et puis soudainement, à la fin du mois d’août, tout s’est accéléré sur le métal jaune, avec un franchissement brutal de la barre des 1300 dollars sur l’once, niveau qui avait résisté à plusieurs reprises précédemment. Un dollar faible, un retour de la volatilité sur le marché des changes, l’évidence de l’incurie de l’administration Trump ou encore la révision à la baisse des scénarios de resserrement monétaire sont autant de facteurs que l’on veut évoquer pour expliquer le mouvement.

En outre, les tensions géopolitiques et des indications que certains fonds alternatifs engrangeaient du métal jaune ont également pu contribuer à la poussée de ce dernier. Nous ne nous plaignons pas de ce mouvement, puisque nous avions conservé nos positions sur l’or, en raison de notre attitude circonspecte à l’égard de la qualité du rally récent sur les actifs risqués et de notre vue plutôt négative sur le dollar depuis sa poussée (irréaliste) consécutive à l’élection de Donald Trump.

Dans ce contexte, nous avions fixé un objectif de 1350 pour l’once, niveau dont nous nous sommes rapprochés avec les développements récents. Est-ce à dire qu’il est temps de prendre des profits?

Portefeuilles très corrélés

Dans l’environnement financier caractérisé par les politiques monétaires non conventionnelles, l’investisseur est confronté à une réalité: le manque de placements «décorrélants» dans la construction d’un portefeuille. Dans un monde où la volatilité sur les changes fait son retour sur le devant de la scène, les incertitudes macroéconomiques augmentent. En effet, les décisions des banques centrales pourraient en subir les conséquences, tandis que les perturbations potentielles sur les développements économiques (croissance, inflation) sont difficiles à prédire.

Sachant que les actifs risqués ont largement intégré le scénario d’une reprise durable et soutenable, il n’est pas idiot de conserver des positions décorrélantes, d’autant plus que les taux réels mondiaux ne devraient pas connaître de tension significative à un horizon de 3-6 mois. Dès lors, il n’y a pas urgence à se séparer de son exposition aurifère. Peut-être est-il sage d’envisager un objectif de 1400 dollars l’once, surtout si le dollar poursuit sa dégringolade.

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