Les nuages s’amoncellent au-dessus de HNA Group, le conglomérat chinois qui possède des parts dans les sociétés suisses Gategroup, SR Technics, Swissport et Dufry. Il est pris depuis mi-juin dans une offensive lancée par Pékin contre plusieurs entreprises chinoises soupçonnées de poser «un risque systémique» à l’économie. Outre HNA Group, le gouvernement chinois cible l’assureur Anbang, ainsi que Fosun et Dalian Wanda, exigeant que les banques chinoises réévaluent leur exposition à ces entreprises.

Toutes quatre ont pour particularité de s’être livrées ces dernières années à une vague d’acquisitions à l’étranger. «Le gouvernement craint que ces investissements n’aient surtout eu pour but de permettre à ces conglomérats de contourner les contrôles sur la sortie des capitaux mis en place par l’Etat, afin de placer leur argent hors de Chine», explique Feng Chongyi, un professeur d’études chinoises de l’Université technologique de Sydney.

Plus de 100 milliards de dollars de dette

Pékin s’inquiète également du niveau d’endettement de ces groupes. «La campagne d’achats extrêmement agressive à laquelle HNA Group s’est livré ces dernières années a largement été financée par des prêts bancaires», relève l’académicien. Entre début 2016 et mi-2017, il a déboursé plus de 40 milliards de dollars pour procéder à ces acquisitions. Fin 2016, sa dette atteignait 104 milliards de dollars, soit dix fois son bénéfice brut d’exploitation (EBITDA).

Outre les opérations effectuées en Suisse, la société fondée en 1993 sur l’île de Hainan en tant que compagnie aérienne possède également des parts dans la chaîne hôtelière Hilton, ainsi que près de 10% de Deutsche Bank.

Une bonne partie des emprunts obtenus par HNA Group ont été générés au moyen de montages financiers controversés. Le conglomérat s’est, à plusieurs reprises, servi des parts qu’il comptait obtenir à la suite du rachat d’une entreprise comme garantie bancaire pour obtenir un prêt destiné à financer cette même acquisition. En mars 2017, il a ainsi mis en jeu une partie de ses actions dans le groupe Hilton – d’une valeur de 3 milliards de dollars – pour obtenir des prêts de la part de quatre banques, dont UBS et Credit Suisse.

Les montages financiers effraient les banques

Peu après, Swissport a eu la mauvaise surprise de découvrir que son nouveau propriétaire avait engagé une partie de ses actions en tant que garantie pour obtenir une ligne de crédit. Et cela «avant que l’acquisition par HNA Group ne soit finalisée», souligne Swissport dans un communiqué. Résultat: la société suisse s’est retrouvée en contravention de ses obligations face à ses propres créditeurs.

Ces montages ne sont pas passés inaperçus du côté des banques. Fin juillet, Bank of America, Citigroup et Morgan Stanley ont décidé de cesser de travailler avec HNA Group. La Banque centrale européenne envisage de son côté d’ouvrir une enquête sur le rachat de 10% de Deutsche Bank par HNA Group.

La méfiance de ces établissements est également due à l’opacité qui entoure l’identité des propriétaires de la firme. Fin juillet, elle a dévoilé une liste de 12 actionnaires. Les deux cofondateurs, Chen Feng et Wang Jian, en détiennent chacun 14,98%. A leurs côtés se trouvent deux organismes caritatifs portant un nom identique – Hainan Cihang Foundation – et qui cumulent 52% de parts dans HNA Group. Officiellement destinées à des projets d’aide aux réfugiés, aux femmes et aux personnes souffrant de cataracte, ces deux fondations n’ont pas de bénéficiaires clairement identifiés.

L’entreprise veut devenir une ONG

L’une d’entre elles, basée à New York, s’est récemment fait transférer 29% de HNA Group, de la part d’un mystérieux investisseur appelé Guan Jun, qui avait lui-même reçu ces actions d’un banquier appelé Bharat Bhise. Dans une interview, le directeur général du groupe Adam Tan a admis qu’il s’agissait d’hommes de paille.

«Ce transfert a sans doute été motivé par des raisons fiscales», note Feng Chongyi. Le bras new-yorkais de la fondation a en effet entamé des démarches pour obtenir le statut d’ONG exemptée d’impôts.

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Acquéreur des hedge funds d’Anthony Scaramucci

Parmi les dizaines de milliards de dollars que HNA Group a investis hors de Chine depuis 2015, quelque 200 millions devraient permettre au conglomérat chinois de devenir l’actionnaire majoritaire de SkyBridge Capital, la société financière d’Anthony Scaramucci, l’éphémère chef de la communication de la Maison-Blanche, limogé lundi après dix jours en poste et de spectaculaires dérapages.

Anthony Scaramucci a lancé son activité de fonds de hedge funds en 2005 et organisait également une conférence courue dans l’industrie financière, intitulée SALT. Celle-ci continuera à exister en tant qu’entité indépendante. Le financier new-yorkais avait annoncé la vente de son entreprise en janvier dernier, alors qu’il se préparait à intégrer l’administration Trump.

Le fait qu’Anthony Scaramucci ait perdu son emploi à la Maison-Blanche (notamment pour avoir tenu des propos orduriers sur l’ancien secrétaire général Reince Priebus) ne change rien à la volonté de HNA d’acquérir une majorité de SkyBridge Capital, a indiqué un porte-parole à Bloomberg.

L’opération, qui implique également une société d’investissement peu connue, RON Transatlantic, doit encore être validée par le Comité sur les investissements étrangers aux Etats-Unis (Cfius). Cette commission a refusé le 26 juillet que HNA investisse 146 millions de dollars dans Global Eagle Entertainment, un spécialiste du divertissement à bord d’avions.