Une étude néerlandaise intitulée The Amounts and Effects of Money Laundering fait parler d'elle. Publiée par l'Université d'Utrecht le 16 février à la demande du Ministère néerlandais des finances, elle classe les pays d'après un «indice d'attractivité pour le blanchiment d'argent». On y découvre que la Suisse est la troisième place financière la plus attrayante pour le blanchiment, derrière le Luxembourg et les Bermudes. Le Grand-Duché a réagi mercredi, les banquiers luxembourgeois jugeant l'étude «douteuse», et dénonçant sa «faible valeur scientifique».

Vendredi, l'Association suisse des banquiers (ASB) a réagi avec une irritation mal dissimulée. «Une étude qui fait totalement abstraction du critère du niveau de réglementation anti-blanchiment des pays concernés ne présente pas les qualités minimales requises qu'on est en droit d'attendre de la part d'un travail de recherche académique», lance Claude-Alain Margelish, vice-président du comité exécutif de l'ASB.

En effet, les principaux critères utilisés par les auteurs pour arriver à leur indice d'attractivité pour le blanchiment sont un PIB par habitant élevé, un faible niveau de corruption et de conflits, le secret bancaire, et un gouvernement «complaisant envers le blanchiment». En revanche, la réglementation anti-blanchiment n'est pas un critère.

«Le résultat obtenu est absurde, estime par conséquent Claude-Alain Margelish, puisque des juridictions telles que Myanmar et le Nigeria, qui figurent sur la liste noire du Groupe d'Action Financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI) au motif qu'elles ne disposent d'aucune législation anti-blanchiment, sont considérées comme étant les moins attrayantes pour le blanchiment» dans l'étude en question.

Le responsable de l'ASB rappelle que l'évaluation très détaillée du GAFI l'an dernier a clairement démontré que la Suisse possède une législation anti-blanchiment très efficace. «Je n'ai donc aucune crainte que l'étude de l'Université d'Utrecht nuise à la réputation de la place financière suisse.» Le responsable souligne que le GAFI est le seul organe de référence en matière de blanchiment: «Sur la base de 25 critères soigneusement choisis par le GAFI en 2000, seules deux juridictions au monde sont aujourd'hui considérées comme non coopératives en matière de blanchiment, contre 23 en 2000.» Toutes les autres ont entre-temps fait des progrès considérables au plan de la législation anti-blanchiment. «Il en découle que toute autre approche se fondant sur des critères différents, comme c'est malheureusement le cas de cette étude, ne correspond pas à la réalité des faits.»