«Il me reste 100 francs pour finir le mois». Le 16 avril, Laura, étudiante en lettres à Genève, faisait ce douloureux constat. En cause: la perte de son emploi, des remplacements réguliers au cycle et au collège, en raison du coronavirus. «J’ai eu trois contrats longue durée, mais je travaille maintenant sur appel, ce qui me faisait gagner au minimum 2500 francs par mois.» La jeune femme est indépendante depuis plusieurs années, mais l’épidémie a changé la donne: ses rares heures prévues en mars ont été payées, mais depuis, fermeture des écoles oblige, elle n’a plus aucune rentrée d’argent. «Et mes parents ne peuvent vraiment pas m’aider, ma mère est à l’AI et mon père ne gagne pas assez.»

Laura s’est tournée vers l’Université de Genève, qui propose, conjointement avec la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale, des aides d’urgence pour lesquelles environ 400 étudiants ont fait une demande. Presque la moitié ont déjà pu être soutenus, grâce à un dispositif de renfort: le personnel qui traite ces questions a triplé pour cette période de crise.

«J’y pense tout le temps»

Laura attend donc une réponse de l’université et effectue également des démarches pour savoir si elle a droit au chômage. Mais l’incertitude est source de stress: «J’y pense tout le temps, et avec ce qu’il me reste, je pourrais difficilement faire face à des coûts imprévus.»

Pour beaucoup de travailleurs suisses, la crise actuelle rime avec perte d’emploi. Les étudiants ne sont évidemment pas les seuls concernés, et un certain nombre d’entre eux ont la chance de pouvoir compter sur l’aide de leurs parents. Mais ce n’est pas le cas de tous, comme le précise l’Université de Lausanne, qui a aussi aidé une soixantaine d’étudiants grâce un dispositif prévu en lien avec la crise du Covid-19.

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«Il ne s’agit pas de toute la population estudiantine, dont on sait qu’une bonne partie est issue de milieux socioéconomiques plutôt favorisés, rapporte Cédric Rychen, chef du service des affaires sociales et mobilité étudiante. Mais une part substantielle d’étudiantes et étudiants travaillent à côté de leurs études par nécessité, car leurs parents ne peuvent ou ne veulent pas les aider. La perte de leur travail due à l’épidémie les rend donc particulièrement vulnérables.»

Une situation déjà précaire

Une vulnérabilité qu’a constatée Christina, étudiante à l’Université de Genève, pour qui la perte de son emploi a aussi des conséquences importantes. «Je travaillais dans les cuisines d’un théâtre, où je gagnais 20 francs brut de l’heure. Je faisais aussi des remplacements dans les écoles. Je gagnais entre 600 et 1200 francs selon les mois. C’était déjà précaire, ça le devient encore plus.»

L’étudiante a emprunté un peu d’argent à sa mère et se tournera vers le secteur médical, dans lequel elle a déjà travaillé, si elle ne peut pas reprendre son travail rapidement. Mais elle se réjouit que sa demande auprès de l’Université de Genève ait été entendue après quelques semaines: «Je devrais bénéficier d’un soutien d’environ 600 francs par mois.» Le théâtre dans lequel elle travaille envisage aussi d’avoir recours au chômage partiel.

Les universités de Fribourg et de Neuchâtel ou encore l’EPFL aident aussi les étudiants dans le besoin. L’Université de Neuchâtel a vu les demandes de soutien se multiplier: son bureau social avait reçu une quarantaine de demandes en avril l’an dernier, et sur la même période en 2020 il traite une septantaine de dossiers.

Mais si les universités peuvent venir en aide aux étudiants, souvent à hauteur de quelques centaines de francs, ce n’est pas la seule solution. «En général, les étudiants peuvent avoir deux types de contrats de travail différents, rappelle Rémy Wyler, avocat et professeur en droit du travail à l’Université de Lausanne. Soit un temps partiel régulier, soit des horaires irréguliers et un salaire à l’heure.»

Un changement de loi

Deux options s’offrent aux étudiants: «Ceux qui ont été licenciés à cause du Covid-19 ont droit aux indemnités de chômage, pour autant qu’ils remplissent les conditions de base, notamment la période de cotisation», constate Rémy Wyler. Mais pour ceux dont le contrat n’a pas été rompu, leur employeur doit avoir recours au chômage partiel. Y compris, désormais, pour les travailleurs sur appel dont le contrat dure depuis plus de six mois. «Ces travailleurs irréguliers ne pouvaient en principe pas bénéficier des indemnités en cas de réduction de l’horaire de travail (RHT), mais dans une ordonnance du 9 avril liée au coronavirus, le Conseil fédéral a provisoirement modifié cette règle», souligne l’avocat.

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Deux cent mille personnes travaillent sur appel en Suisse. Cette nouvelle mesure vise donc à éviter des licenciements: l’employeur ne pourra pas bénéficier de RHT si le contrat est résilié. «Et on peut tout à fait imaginer des RHT pour quelqu’un qui ne peut plus du tout travailler, avec l’idée d’une reprise de l’activité dès que possible», confirme Rémy Wyler. Depuis le 9 avril, les employeurs concernés sont ainsi tenus de faire une demande de chômage partiel pour leurs travailleurs sur appel également. «S’ils ne le font pas, ils pourraient devoir indemniser ces employés, faute d’avoir entrepris les démarches», précise le professeur.

Des aides qui pourraient s’avérer salvatrices pour beaucoup d’employés, dont nombre d’étudiants. Dont, peut-être, Laura et Christina.